Conflit Israël-Iran : les divergences stratégiques s'accentuent entre Washington et Tel-Aviv
Conflit Israël-Iran : divergences stratégiques USA-Israël

Onzième jour de conflit au Moyen-Orient : les fissures de l'alliance américano-israélienne

Le conflit au Moyen-Orient est entré dans sa onzième journée ce mardi 10 mars, marquant une escalade des tensions régionales. Alors qu'Israël poursuit ses opérations militaires contre le Hezbollah au Liban, l'Iran maintient une position ferme en avertissant que la guerre est loin d'être terminée.

Des déclarations contradictoires de la Maison-Blanche

Donald Trump a récemment affirmé que la guerre contre l'Iran allait "se terminer bientôt" et était "quasiment finie", sans pour autant fournir d'échéance précise. Ces propos contrastent fortement avec la réalité sur le terrain où les hostilités persistent. Lundi, le président américain a évoqué vouloir une victoire "totale", tout en omettant de définir les conditions concrètes de cette victoire.

Depuis le début du conflit, les déclarations de Donald Trump sur les objectifs de Washington et les raisons du lancement de cette campagne militaire apparaissent de plus en plus contradictoires. L'absence de stratégie claire de sortie de crise donne l'impression d'une improvisation constante au fil des événements. Le changement de régime en Iran ne semble pas constituer une priorité absolue pour l'administration américaine.

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Deux visions stratégiques radicalement différentes

Alors que les États-Unis et Israël affichent officiellement une collaboration étroite avec un partage des opérations militaires, cette apparente bonne entente commence sérieusement à se fissurer en coulisses. Washington envisagerait plutôt un scénario inspiré du Venezuela, c'est-à-dire travailler avec des cadres du pouvoir iranien bienveillants à son égard, plutôt que de faciliter un véritable changement de régime.

A contrario, Israël a clairement exprimé son intention d'entraîner la chute du système théocratique iranien. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a même promis, avant même sa désignation, de faire du successeur d'Ali Khamenei une cible prioritaire. "Nous avons un plan méthodique, avec de nombreuses surprises, pour éradiquer le régime et permettre le changement", a affirmé samedi le dirigeant israélien.

Des divergences qui s'accentuent

Signe tangible de ces divergences croissantes, Donald Trump a déclaré la semaine dernière que la plupart des responsables iraniens envisagés par Washington pour diriger le pays après la guerre étaient décédés. "La plupart des personnes auxquelles nous pensions sont mortes [...] Et maintenant, nous avons un autre groupe [de dirigeants]. Ils sont peut-être décédés aussi [...] Bientôt, nous ne connaîtrons plus personne", a-t-il déclaré, marquant ainsi une distance évidente avec la position israélienne concernant l'après-Khamenei.

Entre le jusqu'au-boutisme d'Israël, déterminé à éradiquer définitivement le régime islamique iranien, et les contraintes économiques et politiques grandissantes pour les États-Unis, les deux alliés historiques éprouvent des difficultés croissantes à maintenir un front uni.

Des intérêts économiques divergents

Les États-Unis ont manifestement moins d'intérêt qu'Israël à voir ce conflit se prolonger, compte tenu des répercussions économiques déjà perceptibles. "Au fur et à mesure que le temps avance, le coût politique et économique de cette guerre va augmenter pour Donald Trump et les divergences avec Israël vont croître", analyse Kristina Kausch, directrice adjointe pour l'Europe au German Marshall Fund. "Parce qu'Israël voit ici l'opportunité d'une génération de se débarrasser de la République islamique, alors que, pour les États-Unis, le poids de cette guerre ne va cesser de croître."

Tensions opérationnelles concrètes

L'administration Trump se serait officieusement plainte auprès de son allié israélien concernant les frappes ayant visé des dépôts de carburant à Téhéran durant le week-end. Ces attaques - dont Washington avait été informé préalablement - ont enveloppé la capitale iranienne d'un épais nuage de fumée toxique. Des responsables américains ont exprimé leur surprise devant l'ampleur de ces frappes et ont fait part de leur désapprobation à leurs homologues israéliens.

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"Nous ne pensons pas que c'était une bonne idée", a confié un haut responsable américain. "Le président n'aime pas cette attaque. Il veut garder le pétrole. Il ne veut pas le voir brûler. Et ça rappelle aux gens des prix de l'essence plus chers", a ajouté un conseiller de Donald Trump.

Un coût politique intérieur croissant

Sur le plan domestique, le coût politique de ces opérations pourrait sérieusement peser sur la Maison-Blanche. Les Américains, y compris les électeurs les plus fidèles de Donald Trump, se montrent particulièrement circonspects face à ce nouveau conflit. Selon l'ambassadeur d'Iran auprès de l'ONU, les bombardements américains et israéliens ont déjà causé la mort d'au moins 1 332 civils iraniens et blessé des milliers d'autres, tandis que sept soldats américains ont trouvé la mort.

Un récent sondage Quinnipiac révèle qu'une majorité d'Américains (53%) s'oppose à l'intervention militaire en Iran et que 44% estiment que les États-Unis soutiennent trop Israël. Cet engagement militaire, intervenant à huit mois seulement des cruciales élections législatives de mi-mandat en novembre, pourrait être sévèrement sanctionné dans les urnes par une population américaine de plus en plus réticente face à cette nouvelle guerre au Moyen-Orient.