Un commerçant musulman pris pour cible dans l'État himalayen de l'Uttarakhand
L'histoire se déroule dans l'Uttarakhand, l'un des treize États indiens de l'Himalaya, souvent surnommé le « pays des dieux » en raison de ses quatre temples parmi les plus vénérés de l'hindouisme. Le gouvernement régional est dirigé par Pushkar Singh Dhami, un ultranationaliste hindou du Bharatiya Janata Party (BJP), la formation du premier ministre Narendra Modi. Depuis son arrivée au pouvoir en 2021, il a multiplié les actions controversées contre les minorités religieuses.
Une confrontation violente à Kotdwar
Le 26 janvier, dans la ville de Kotdwar, située à la frontière de l'Uttar Pradesh, un vieil homme musulman de 70 ans, Wakil Ahmed, a vu débarquer dans son petit magasin de vêtements une bande d'extrémistes. Ces hommes appartenaient au Bajrang Dal, une branche du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une puissante organisation d'extrême droite indienne.
Leur reproche ? Le nom de son commerce, Baba School Dress, qui existe depuis trente ans sans avoir jamais posé problème auparavant. Les extrémistes ont soudainement affirmé que Wakil Ahmed s'était approprié un nom similaire à celui du temple Sidhbali Baba, un lieu de culte hindou de Kotdwar dédié à un ascète béni par le dieu Hanuman.
Une justification idéologique
Un membre du Bajrang Dal a expliqué cette action en déclarant : « C'est une utilisation abusive de l'identité hindoue ». Cette accusation intervient dans un contexte politique tendu, où le BJP au pouvoir au niveau national et dans plusieurs États, dont l'Uttarakhand, est souvent accusé de favoriser l'hindouisation de la société au détriment des minorités, notamment musulmanes.
La situation illustre les tensions croissantes dans cette région, où les symboles religieux deviennent des prétextes à l'intimidation. L'incident de Kotdwar n'est pas isolé ; il s'inscrit dans une série d'actions similaires visant à imposer une vision exclusive de l'identité nationale indienne, marginalisant davantage les communautés non hindoues.
Le cas de Wakil Ahmed soulève des questions cruciales sur la liberté économique et religieuse en Inde, alors que les groupes d'extrême droite gagnent en influence sous l'égide du gouvernement Modi. Les observateurs craignent que de tels événements ne se multiplient, exacerbant les divisions sociales et religieuses dans le pays.



