Une école primaire réduite en cendres dans le sud de l'Iran
Des chaussettes roses et violettes éparpillées parmi les décombres, un cartable maculé de sang. Ces images déchirantes symbolisent le premier jour du conflit en Iran, déclenché par les États-Unis et Israël. À Minab, dans le sud du pays, une école primaire pour filles a été pulvérisée par un bombardement. Le bilan est catastrophique : selon l'Unicef, 168 personnes ont perdu la vie, une majorité étant des petites filles âgées de seulement 7 à 12 ans. D'autres sources, comme le New York Times, évoquent même 175 victimes, rendant ce drame encore plus insoutenable.
L'implication américaine mise en lumière par les enquêtes
Donald Trump a immédiatement nié toute responsabilité de Washington, affirmant sans détour que ce bombardement avait « été fait par l'Iran ». Pourtant, les preuves s'accumulent. Une enquête approfondie du média d'investigation Bellingcat révèle que le missile utilisé était un Tomahawk, une arme dont « les États-Unis sont le seul participant à la guerre connu pour posséder ». Le New York Times a confirmé cette analyse, précisant que le missile américain avait en réalité ciblé une base navale située à proximité immédiate de l'établissement scolaire.
Un crime de guerre « très clair » selon les spécialistes
Human Rights Watch a immédiatement exigé l'ouverture d'une enquête pour crime de guerre et la poursuite en justice des responsables. Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public à l'Université Jean Moulin Lyon 3, rappelle les fondements du droit international humanitaire : « En temps de guerre, les civils bénéficient d'une protection : il est interdit de les attaquer directement, ainsi que de mener des frappes indiscriminées ne distinguant pas les bâtiments civils des objectifs militaires. »
Céline Bardet, juriste internationale spécialisée dans les crimes de guerre, est catégorique : « Qu'il s'agisse des Américains, des Israéliens ou même d'une erreur iranienne, cette frappe constitue un crime de guerre très clair, car elle touche une école. » Et ce, même si l'école se trouvait au sein d'un complexe des forces navales du Corps des Gardiens de la révolution islamique. Human Rights Watch précise qu'elle disposait de sa propre enceinte et d'une entrée séparée, renforçant son statut civil. « Les États-Unis possèdent une armée ultra-moderne et structurée, ils ne sont pas censés commettre une telle erreur avec les moyens dont ils disposent », insiste Céline Bardet, soulignant l'incohérence à l'ère des satellites de surveillance.
Le droit international face à ses limites
Si les principes du droit international sont solides, leurs mécanismes d'application semblent défaillants. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait théoriquement poursuivre les décideurs responsables, mais Marie-Laure Basilien Gainche nuance : « Pour engager des poursuites, il faut identifier les responsables et reconstituer la chaîne de commandement, ce qui sera extrêmement difficile. » Un obstacle majeur subsiste : les États-Unis, l'Iran et Israël ne reconnaissent pas la CPI.
Du côté des Nations Unies, la Cour internationale de justice peut juger des États, mais pas des individus, et ne traite pas du droit pénal nécessaire pour qualifier un crime de guerre. Les Nations Unies pourraient lancer une enquête indépendante et impliquer le Comité des droits de l'Homme, mais, comme l'explique la professeure, « ces constatations peuvent mener à des condamnations, mais le droit international a les mains liées pour punir, surtout face à un membre permanent du Conseil de sécurité doté d'un veto. »
L'espoir du droit américain et le rôle des ONG
« La seule voie que j'entrevois, c'est celle de l'État de droit américain », estime Céline Bardet. Donald Trump a annoncé qu'une enquête du Pentagone était « en cours », une demande de l'opposition démocrate. Aux États-Unis, l'Uniform Code of Military Justice (UCMJ) permet théoriquement de poursuivre des militaires pour crimes de guerre, y compris pour des frappes causant des pertes civiles disproportionnées.
« Les Américains poursuivent leurs militaires en cas de crime de guerre. Cette pratique n'est pas à la hauteur des crimes commis, mais elle existe. Des soldats ont été poursuivis pour des exactions en Afghanistan ou en Irak. Ils sont capables de mener des enquêtes indépendantes, même face à l'exécutif de Donald Trump », assure la juriste. Cependant, les précédents ne sont pas encourageants, comme en 2015 lorsqu'une frappe américaine a détruit un hôpital de Médecins Sans Frontières à Kunduz, sans suites pénales.
Quand le droit échoue, le travail des ONG reste crucial. Elles documentent, archivent et dénoncent, nourrissant de futures poursuites, établissant les faits pour l'histoire et exerçant une pression politique que le droit seul ne peut imposer. Dans l'ombre de cette tragédie, leur voix persiste pour que justice soit rendue aux petites victimes de Minab.



