Les répercussions des frappes sur l'Iran pour les intérêts chinois
Depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, la Chine manifeste une inquiétude croissante. Pékin a multiplié les appels à la « fin des opérations militaires », mettant en garde contre les risques de perturbation de l'économie mondiale. Cette position reflète les préoccupations profondes de l'Empire du milieu quant à la protection de ses intérêts, particulièrement dans le domaine énergétique.
Une dépendance pétrolière stratégique
« Il existe des effets collatéraux centraux pour la Chine, notamment parce que l'Iran représente l'un des principaux fournisseurs de pétrole du pays », explique Marc Lavergne, directeur de recherche émérite au CNRS et géopolitologue. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2023, la Chine absorbait près de 90% des exportations pétrolières iraniennes, une proportion qui a littéralement explosé puisqu'elle n'était que de 25% en 2017 selon le département de l'Énergie des États-Unis.
Au total, plus de 10% des importations chinoises de pétrole proviennent d'Iran. « Les besoins énergétiques chinois sont considérables. Conscients de cette réalité, ils ont développé une véritable diplomatie du pétrole depuis trois décennies et veillé à diversifier leurs approvisionnements. Ils ne dépendent pas exclusivement de l'Iran », analyse Emmanuel Véron, spécialiste de la Chine contemporaine et enseignant-chercheur associé à l'Inalco.
Le détroit d'Ormuz : un point de passage critique
Si la Chine possède théoriquement la capacité d'absorber un arrêt de l'approvisionnement énergétique iranien, une autre problématique majeure se profile. Près de la moitié des importations de pétrole brut chinoises transitent par le détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique actuellement paralysé par le conflit. Cette voie navigable, prise en tenailles entre l'Iran et Oman, représente un défi considérable pour le plus grand importateur de pétrole au monde.
Conséquences commerciales et stratégie diplomatique
Au-delà du pétrole : l'impact sur le commerce mondial
La fermeture du détroit d'Ormuz affecte également les échanges commerciaux chinois de manière significative. « La Chine demeure l'atelier du monde et exporte massivement via le détroit d'Ormuz », souligne Marc Lavergne, qui s'inquiète qu'un tel blocage puisse « couper le moteur de l'économie occidentale ». Cette situation compromet les investissements massifs de Pékin au Moyen-Orient, notamment dans le cadre de la Nouvelle route de la soie (Belt and Road Initiative).
Les intérêts commerciaux chinois dans la région du Golfe dépassent désormais largement sa relation avec l'Iran, malgré un partenariat renforcé ces dernières années, notamment en raison des sanctions américaines. L'isolement du régime iranien a permis à la Chine de bénéficier d'une relation déséquilibrée avec Téhéran, particulièrement sur le plan économique.
Une alliance tactique mais limitée
La proximité géopolitique entre Pékin et Téhéran s'est concrétisée par plusieurs initiatives :
- Le soutien chinois à l'adhésion de l'Iran à l'Organisation de coopération de Shanghai
- La signature d'un pacte de coopération stratégique en mars 2021
- Des exercices navals conjoints dans le Golfe d'Oman avec la participation russe
Cependant, cette proximité idéologique ne se traduira pas par un soutien militaire ouvert. « La Chine n'a pas d'allié, elle n'a que des partenaires stratégiques. Ses propres intérêts prévalent toujours », prévient Emmanuel Véron. Même si Pékin est accusé d'avoir fourni des composants militaires à l'Iran, son intervention directe reste improbable, comme lors de la crise vénézuélienne.
La stratégie narrative chinoise
Face à cette crise, la Chine privilégie une approche diplomatique et commerciale. Alors que de nombreuses nations du Sud global - encouragées par Pékin - critiquent l'interventionnisme américain, la Chine cherche à renforcer son image de puissance « raisonnable » et moins « belliqueuse » que son rival américain. Cette position lui permet de consolider son influence internationale tout en protégeant ses intérêts économiques vitaux.



