Un accord historique mais immédiatement contesté
Après des négociations inédites à Washington, les premières à se tenir directement entre Israël et le Liban depuis plus de trente ans, les deux parties ont conclu un cessez-le-feu censé entrer en vigueur dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 avril. Cependant, le Liban accuse déjà Israël de l'avoir violé ce matin, provoquant dans la foulée une riposte immédiate du Hezbollah. Cette situation souligne la fragilité extrême de cet accord et les tensions latentes qui persistent dans la région.
Les termes de la trêve de dix jours
Donald Trump a fait savoir jeudi que les deux parties s'étaient accordées sur une trêve de dix jours. Le Liban avait été entraîné dans la guerre il y a un mois et demi, à la suite des tirs du Hezbollah contre Israël, en soutien à l’Iran attaqué par l'État hébreu et les États-Unis fin février. Depuis, Israël a mené des bombardements intensifs sur le Liban : plus de 2 000 personnes ont été tuées, selon les autorités locales, et environ un million ont été déplacées, soit un cinquième de la population du pays, selon les estimations de l’ONU.
Les premières négociations ont abouti à un accord précisant qu'Israël conserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires en légitime défense, à tout moment, contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours. Ce droit est maintenu même pendant le cessez-le-feu. En contrepartie, Israël s'engage à ne mener aucune opération militaire offensive contre des cibles libanaises. De son côté, le Liban s'engage à prendre des mesures concrètes pour empêcher le Hezbollah et tous les autres groupes armés non étatiques de mener des attaques, des opérations ou des activités hostiles contre des cibles israéliennes.
Rencontre prévue à la Maison-Blanche
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le président libanais Joseph Aoun sont censés se rencontrer à la Maison-Blanche dans les quatre prochains jours. L'objectif est d'envisager une prolongation du cessez-le-feu au-delà de cette période initiale de dix jours, si le Liban démontre efficacement sa capacité à faire valoir sa souveraineté. Cette condition ajoute une pression supplémentaire sur les autorités libanaises, déjà fragilisées par des divisions internes.
Les questions cruciales restées en suspens
Ce cessez-le-feu est largement critiqué pour plusieurs raisons majeures. D'une part, il ne résout pas la question épineuse du désarmement du Hezbollah, bien que Donald Trump se dise confiant que le mouvement chiite respectera la trêve. L'accord ne fait aucune mention du retrait des troupes israéliennes qui occupent aujourd'hui une large partie du Sud-Liban, une omission qui suscite de vives inquiétudes.
Enfin, le sort du million de Libanais déplacés durant les combats n'est pas non plus abordé. D'ailleurs, dès l'annonce de ce cessez-le-feu, des milliers de personnes déplacées se sont précipitées sur les routes pour rejoindre leurs villes et villages. Vendredi matin, des embouteillages monstres se sont formés sur l'axe reliant Beyrouth au sud du pays, illustrant l'urgence humanitaire et les défis logistiques à relever.
Accusations de violations et ripostes
L'armée libanaise a appelé les personnes déplacées à s'abstenir de retourner immédiatement dans le sud du Liban, dénonçant déjà sur les réseaux sociaux un certain nombre de violations de l’accord de la part de Tel-Aviv. Plusieurs actes d’agression israéliens ont été recensés, sans compter les bombardements sporadiques qui ont touché plusieurs villages, a-t-elle fait savoir. Le Hezbollah a quant à lui annoncé avoir bombardé un rassemblement de soldats israéliens près de la ville de Khiam, dans le sud du Liban, en réponse à la violation du cessez-le-feu par l’armée d’occupation. Il a également prévenu qu'il gardait le doigt sur la gâchette en cas d'autres violations du cessez-le-feu par Israël.
Réactions internationales et appels à la prudence
Ce vendredi, Emmanuel Macron a exprimé sa préoccupation que la trêve de dix jours puisse d'ores et déjà être fragilisée par la poursuite d'opérations militaires. Je demande la sécurité pour les populations civiles des deux côtés de la frontière entre le Liban et Israël. Le Hezbollah doit renoncer aux armes. Israël doit respecter la souveraineté libanaise et arrêter la guerre, a écrit le président français sur les réseaux sociaux. Ces déclarations soulignent l'importance d'un respect strict des termes de l'accord pour éviter une reprise des hostilités et protéger les civils, tout en appelant à des solutions durables pour la stabilité régionale.



