Bénin : la campagne présidentielle de Wadagni face à la menace djihadiste croissante
Bénin : Wadagni face à la menace djihadiste en campagne

Kandi, point de départ symbolique d'une campagne sous tension sécuritaire

Ce 27 mars 2026, le soleil brûlant de Kandi accueille les militants venus soutenir Romuald Wadagni, ultra-favori de la présidentielle béninoise. Le choix de cette ville du nord, à 635 kilomètres de Cotonou, n'est pas anodin. Moins d'un mois plus tôt, le 4 mars, une attaque contre le camp militaire de Kofouno, à une centaine de kilomètres, coûtait la vie à quinze soldats. Un an auparavant, un commissariat était réduit en cendres et un militaire assassiné dans un périmètre encore plus proche de Kandi.

Une menace djihadiste qui s'installe durablement

Si toutes ces actions ne sont pas systématiquement revendiquées, l'attaque de Kofouno porte la signature explicite du Jnim (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans), un groupe armé djihadiste affilié à Al-Qaïda qui étend sa stratégie vers les pays du golfe de Guinée. Très actif au Burkina Faso et au Niger, deux des quatre pays frontaliers du Bénin, cette organisation inquiète Cotonou qui redoute une implantation durable dans ses régions septentrionales.

La dynamique est alarmante. Selon les chiffres de l'ONG Acled, les incidents liés à des groupes armés djihadistes ont bondi de 86% en 2025. Le territoire béninois, cinq fois moins étendu que la France métropolitaine, est désormais l'un des points chauds de la violence djihadiste mondiale, rejoignant les États voisins du Sahel. Depuis 2021, les régions frontalières proches des parcs nationaux de la Pendjari et du W subissent des attaques répétées, attribuées également à l'État islamique au Sahel.

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Wadagni promet sécurité et justice sociale

« Chacun doit sentir la présence de l'État pour le protéger », déclare Romuald Wadagni depuis Kandi, ajoutant que « l'action publique aura pour objectif de s'attaquer à la pauvreté de masse ». Le candidat pointe ainsi l'un des principaux moteurs du péril djihadiste : les conditions de vie dégradées des populations. Malgré un taux de pauvreté national en baisse (31% en 2025 selon la Banque mondiale contre 36% en 2016), les disparités spatiales restent importantes. Les régions septentrionales comme l'Alibori ou l'Atacora connaissent des difficultés structurelles liées à l'accès à l'eau ou à l'analphabétisme.

Critiques de l'action du président sortant

L'action du président sortant Patrice Talon est souvent critiquée sur ce volet. « La question djihadiste est le point noir des dix dernières années, avec parfois une forme de cécité face à la menace », témoigne anonymement une source sécuritaire. « Au moment des premières attaques, il y a d'abord eu une phase de déni du président Patrice Talon avec cette idée que la menace resterait cantonnée au Sahel », confirme Fiacre Vidjingninou, docteur en sociologie politique rattaché à l'Egmont Institute de Bruxelles.

Pour contrer cette dynamique, le Bénin a multiplié par huit son budget des forces armées depuis 2021, atteignant plus de 660 millions d'euros en 2026. Cette augmentation a permis l'acquisition d'hélicoptères Airbus H125M, de Super Puma H215 et de drones turcs Bayraktar. L'armée nationale prévoit également 750 nouvelles recrues pour 2026. Mais la menace persiste, et les autorités redoutent « un nouvel Afghanistan au Sahel », selon une voix haut placée.

Une menace aux racines complexes

« En Afrique de l'Ouest, le Bénin a toujours formé une sorte de ventre mou vis-à-vis de l'islamisme. Au Nord, certaines madrassas non reconnues avec des religieux formés à l'étranger existent depuis longtemps », détaille Fiacre Vidjingninou. La nature de la menace serait donc pour partie endogène, selon la source sécuritaire citée précédemment.

Le Porte-parole et secrétaire adjoint du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, conteste cette analyse : « Ce qui est heureux, c'est de savoir qu'aujourd'hui, il n'est détecté aucune souche, aucune cellule terroriste active au Bénin ».

Le programme social de Wadagni

« Je veux éradiquer l'extrême pauvreté, apporter la prospérité dans chaque maison », lançait Romuald Wadagni lors d'un meeting à Tanguiéta le 29 mars. Son programme détaille des mesures sociales concrètes :

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  • Mise en place d'une pension de retraite pour les agriculteurs
  • Facilitation de l'accès au microcrédit pour les plus vulnérables
  • Refonte du Fonds national pour la microfinance
  • Déclenchement de soins avant règlement des frais en cas d'urgence vitale

Coopération internationale et riposte sécuritaire

Romuald Wadagni promet de poursuivre le déploiement de huit bases opérationnelles avancées pour renforcer les frontières. S'il est élu, il pourra compter sur l'aide de partenaires occidentaux particulièrement sensibles au cas béninois. Le pays collabore historiquement avec la France, la Belgique et l'Union européenne, tandis que les États-Unis ont renouvelé leur accord de coopération début 2025.

Cet accord prévoit une fourniture de matériel, une aide logistique aux troupes, et un appui « en des circonstances ou situations critiques imprévues ». Cette mention rappelle l'envoi de forces spéciales françaises lors de la tentative de coup d'État du 7 décembre dernier, rompant avec l'effort de sobriété africaine endossée depuis les déconvenues successives au Sahel.

Une équation régionale complexe

En mars 2026, une réunion tripartite entre les chefs d'état-major béninois, ivoirien et français s'est tenue à Cotonou pour « formaliser ce que l'on a vu le 7 décembre », analyse Fiacre Vidjingninou. Mais cette stratégie tournée vers l'ouest nourrit les critiques acerbes de voisins comme le Niger du général Abdourahamane Tiani.

« Nous avons conscience que pour venir à bout de la menace, il nous faudra aussi mutualiser les moyens dans la sous-région », estime le Porte-parole du gouvernement. Alors que près de 8 millions de Béninois sont appelés à élire leur nouveau président, la sécurité intérieure et la cohésion nationale forment des priorités absolues du septennat à venir, dans un contexte où la menace djihadiste ne cesse de croître aux frontières nord du pays.