Le barrage de Tichrine en Syrie : un symbole de résilience au cœur des conflits
Une vue aérienne saisissante montre le barrage de Tichrine et ses environs au sud-ouest de Manbij, en Syrie, après que l'armée syrienne a pris le contrôle du site stratégique le 19 janvier 2026. Cette reprise marque un tournant significatif dans l'histoire tumultueuse de cet ouvrage hydroélectrique vital pour la région.
Des conditions de travail périlleuses pendant des mois
Sur une vidéo filmée par téléphone à la fin de l'année 2025, des employés du barrage apparaissent, l'air à la fois amusé et résigné, traversant l'Euphrate à bord d'une embarcation de fortune. Ils rejoignaient ainsi leur poste de travail sur cet ouvrage situé sur la ligne de front entre les forces gouvernementales syriennes et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes.
« Pendant ces quatre derniers mois, nous étions amenés en bateau par des contrebandiers payés par les FDS, car la route était complètement bloquée par les combats intenses », explique Mohammed Al-Hamoud, ingénieur électrique de 55 ans. « La situation était extrêmement dangereuse. Nous avions constamment des drones turcs au-dessus de nos têtes, ce qui ajoutait à notre sentiment de vulnérabilité ».
Un retour à la normalité après des années de turbulences
L'ingénieur, employé depuis trente ans sur le barrage dont les sept dernières années comme directeur, peut enfin souffler. La prise de contrôle par les nouvelles autorités syriennes le 18 janvier de l'ouvrage d'art, ainsi que des territoires administrés par les FDS dans le Nord-Est syrien, marque le retour à une certaine normalité opérationnelle.
Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, malgré les combats incessants et des conditions de travail très précaires, le barrage de Tichrine n'a jamais cessé de fonctionner. Il est passé successivement sous l'autorité :
- De l'Armée syrienne libre (ASL) – la rébellion anti-Al-Assad
- Des djihadistes de l'organisation État islamique (EI)
- Des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS)
L'expertise technique comme bouclier professionnel
« Tous ceux qui ont pris le contrôle du barrage, quel que soit leur camp, ont eu recours à nous », précise M. Al-Hamoud avec une certaine fierté professionnelle. « Nous étions les seuls à posséder l'expérience pratique et l'expertise technique nécessaires pour faire fonctionner cet ouvrage complexe. Cette compétence nous a protégés dans une certaine mesure, même si les conditions restaient toujours difficiles ».
La reprise du barrage par l'armée syrienne représente donc plus qu'un simple changement de contrôle territorial. Elle symbolise la résilience remarquable des infrastructures syriennes et de leurs opérateurs face à plus d'une décennie de conflits dévastateurs. Les employés comme Mohammed Al-Hamoud incarnent cette persévérance technique au service d'une population qui dépend de l'électricité produite par le barrage, quelle que soit l'autorité en place.



