Une attaque nocturne secoue le cœur de Goma
Il était environ 4 h 30 du matin lorsque des explosions violentes ont réveillé les habitants du quartier Himbi, en plein centre de Goma. Un grondement sourd a fait trembler les bâtiments, semant la panique parmi la population. « Mon lit a tremblé dans mon appartement. J'ai entendu deux explosions distinctes. Des bombes ? Des drones ? Je me suis immédiatement posé la question », témoigne un résident du secteur, qui a préféré garder l'anonymat par crainte de représailles.
Le récit d'une attaque par drones
Selon plusieurs sources locales présentes sur les lieux, il s'agirait d'une attaque menée par des drones. Le premier engin aurait terminé sa course dans les eaux du lac Kivu, à proximité immédiate, tandis que le second serait tombé directement sur une habitation, provoquant d'importants dégâts matériels et humains.
L'AFC/M23, qui contrôle actuellement la ville de Goma, capitale de la province orientale du Nord-Kivu située à la frontière rwandaise, affirme que trois personnes ont perdu la vie dans cette attaque. Parmi les victimes se trouve Karine Buisset, humanitaire française et membre du personnel du système des Nations unies, plus précisément de l'UNICEF.
D'autres sources présentes sur les lieux évoquent plutôt un bilan d'un mort, accompagné de dégâts matériels considérables, notamment une partie d'un appartement qui a été entièrement brûlée par l'impact.
Une zone sensible au cœur de la ville
La parcelle visée se situe dans le quartier Himbi, en plein centre-ville de Goma, où sont installés de nombreux expatriés, personnels et sièges d'organisations humanitaires internationales. Cette zone est également non loin de la résidence d'Olive Lembe Kabila, l'épouse de l'ancien président congolais Joseph Kabila, qui a été condamnée à mort par la justice congolaise en raison de ses connivences présumées avec la rébellion de l'AFC-M23.
La réaction internationale et l'hommage à la victime française
Dans un message publié sur la plateforme X, le président français Emmanuel Macron a confirmé la mort de l'humanitaire française. « J'appelle au respect du droit humanitaire et des personnels qui sont sur place et qui s'engagent pour sauver des vies », a écrit le chef de l'État, adressant « le soutien et l'émotion de la Nation » à la famille et aux proches de la victime.
Le président a également rappelé que respecter le droit international, c'est protéger les populations civiles. Il a évoqué la situation préoccupante des centaines de milliers de personnes déplacées, soulignant que la France acheminait actuellement soixante tonnes d'aide d'urgence à leur attention.
Au moment de la rédaction de cet article, les autorités de Kinshasa n'avaient toujours pas réagi officiellement à cette attaque.
Un conflit qui ne faiblit pas dans l'est de la RDC
Une guerre qui s'enlise
Depuis fin 2021, le M23 (« Mouvement du 23 mars »), appuyé par le Rwanda et son armée, a pris le contrôle de vastes pans de l'est de la République démocratique du Congo, une région riche en ressources naturelles et déchirée par trente ans de conflits armés quasi permanents. Les forces gouvernementales de Kinshasa, positionnées à plusieurs centaines de kilomètres de Goma, frappent régulièrement les positions rebelles au moyen de drones longue portée, dans une escalade militaire inquiétante.
Des tentatives de paix restées vaines
Début décembre, un fragile accord de paix sous l'égide des États-Unis a été signé entre les parties, mais les combats se poursuivent sans relâche. L'Angola, autre médiateur régional dans ce conflit, avait proposé un cessez-le-feu à compter du 18 février, qui est resté sans effet concret sur le terrain.
Début mars, Washington a décidé de sanctionner l'armée rwandaise pour son soutien continu au M23, montrant l'implication internationale croissante dans ce conflit complexe.
La dimension économique du conflit
La même semaine, le M23 a annoncé la mort de son porte-parole Willy Ngoma, tué dans une frappe de drone près du site minier stratégique de Rubaya, en Nord-Kivu. Ce site, exploité par le groupe rebelle, lui rapporte d'importants revenus via une taxe imposée sur les minerais, notamment le coltan, qui constitue le cœur économique et stratégique de ce conflit pour le contrôle des ressources.
Cette attaque à Goma illustre l'intensification des violences malgré les appels répétés à la paix, et la vulnérabilité croissante des civils et du personnel humanitaire dans cette région instable de l'Afrique centrale.



