Une architecte russe prend un risque majeur pour soutenir l'Ukraine aux Jeux olympiques
Cela fait désormais près de huit années qu'Anastasia Kucherova n'a pas remis les pieds en Russie. Installée à Milan depuis quatorze ans, l'architecte ne prévoit absolument pas de rentrer prochainement dans son pays d'origine. Cette situation s'est particulièrement accentuée depuis qu'elle a affiché publiquement son soutien à l'Ukraine lors des Jeux olympiques de Milan-Cortina.
Un geste fort lors de la cérémonie d'ouverture
Lors de la cérémonie d'ouverture, qui s'est tenue au stade San Siro, la jeune femme a défilé aux côtés de la délégation ukrainienne. Elle n'était pas parmi les athlètes ou le staff technique, mais juste devant eux, en tenant fermement la pancarte du pays, actuellement envahi par les forces armées de Vladimir Poutine. Pour Anastasia Kucherova, il ne s'agissait pas d'une provocation, mais bien d'un geste de soutien profond et réfléchi.
« Quand on marche aux côtés de ces personnes, on se rend pleinement compte qu'elles ont tout à fait le droit de ressentir de la haine envers les Russes », a témoigné l'architecte russe, qui a accordé une interview exclusive à l'agence Associated Press après avoir révélé les coulisses de ce défilé sur son compte Instagram.
Des échanges significatifs avec les athlètes ukrainiens
Elle a précisé avoir échangé avec les membres de la délégation ukrainienne avant le défilé. « Néanmoins, je pense qu'il est crucial de faire un petit geste pour leur montrer que tout le monde ne pense pas forcément de la même manière », a-t-elle ajouté avec conviction. « Les Ukrainiens n'ont aucune possibilité réelle d'échapper à ces pensées ou d'ignorer l'existence brutale de la guerre. Ils continuent à s'aimer, à se marier, à faire du sport, à participer aux Jeux olympiques. Mais tout cela se déroule dans un contexte absolument dévastateur. »
Anastasia Kucherova a également indiqué que les athlètes ukrainiens qui ont défilé à San Siro à ses côtés ont rapidement deviné qu'elle était russe et se sont adressés à elle dans sa langue natale. Cet épisode témoigne, selon elle, d'un « lien profond et historique » entre les Russes et les Ukrainiens, « un lien qui pourrait manifestement perdurer s'il n'y avait pas la guerre. Il n'y a littéralement aucun mot qui puisse réparer le mal que ces personnes ont déjà subi, et aucun mot qui puisse se rapprocher du pardon. »
Conséquences potentielles et position ferme
En dévoilant ainsi son identité et ses convictions, Anastasia Kucherova est parfaitement consciente qu'elle pourrait subir des conséquences sévères de la part de son pays d'origine. Cependant, elle reste confiante et déterminée. « Je ne peux pas garantir que le fait de m'exprimer ouvertement ne nuira à aucune personne que je connais », assure-t-elle avec lucidité. « Mais je pense que si, moi, qui vis dans un pays démocratique et jouis de toutes les libertés fondamentales, j'ai peur, cela signifie que le régime a définitivement gagné. »
Son geste, à la fois symbolique et courageux, illustre les divisions profondes et les risques personnels encourus par ceux qui osent exprimer leur désaccord avec les actions de leur gouvernement, même depuis l'étranger.



