Des citoyens américains pris au piège dans la tourmente du Proche-Orient
Joy Rosenthal avait entendu les rumeurs, mais jamais elle n'aurait imaginé l'ampleur de la catastrophe. « Mes amis disaient : “La guerre va éclater.” Mais je ne pensais pas que ce serait aussi terrible », confie cette critique de Broadway, venue assister à la bar-mitsva de son neveu et au mariage de sa cousine à Kokhav Yaakov, au nord de Jérusalem. Son billet de retour prévu le 9 mars a été annulé, la laissant coincée dans un conflit qu'elle pensait éviter.
Un départ impossible et des alertes incessantes
« On a dû courir dans les abris une fois avant et deux fois pendant la Houppa », raconte-t-elle, évoquant le dimanche 1er mars, lendemain du début de l'opération « Furie épique ». Son vol avec El Al annulé, Virgin Atlantic lui propose un départ... pour mi-avril. « Je n'ai pas 8 000 dollars pour un vol Tel-Aviv-Paris-New York », explique-t-elle, inquiète pour son frère atteint du syndrome de Down dont elle est la tutrice. « Chaque fois qu'une alarme se déclenche, il faut courir. Ce n'est pas une vie. »
Un Département d'État en « mode survie »
L'opération militaire a laissé des dizaines de milliers d'Américains bloqués au Proche-Orient, qu'ils soient résidents ou touristes. Le 28 février, le Département d'État avertissait de possibles « perturbations de voyages et fermetures d'espaces aériens ». Le lundi suivant, Mora Namdar, secrétaire d'État adjointe aux affaires consulaires, tweetait un avis exhortant les Américains à « QUITTER IMMÉDIATEMENT » 14 pays ou territoires.
Mais les solutions concrètes manquent. « C'est un peu triste, la BBC a annoncé que le gouvernement britannique programmait des vols avec des avions de transport de l'armée de l'air », confie le général à la retraite Randy Manner, bloqué à Dubai. « C'est décourageant de se sentir abandonné... J'ai parlé à deux ambassades, elles sont en mode survie. »
Des consignes contradictoires et un manque de préparation
Les instructions varient selon les pays. L'ambassade en Arabie saoudite exhorte au confinement, tandis que l'ambassadeur en Israël, Mike Huckabee, poste que les solutions de départ sont « TRÈS LIMITÉES ». Il conseille de prendre des bus pour l'Égypte, une option que refuse Joy Rosenthal : « Je voyage seule, j'ai entendu dire qu'en Égypte, on séparait les hommes et les femmes. »
Mardi, le secrétaire d'État Marco Rubio annonce l'ouverture d'une ligne d'assistance, mais le message est sans appel : « S'il vous plaît, ne comptez pas sur le gouvernement américain pour vous aider à partir. » Donald Trump, interrogé sur l'absence de plan d'évacuation, répond : « Tout est arrivé très vite. » Ce qui exaspère Joy : « Ce n'est pas vrai, ils savaient que ça allait arriver... On a vraiment l'impression qu'il n'en a rien à faire. »
Une administration fragilisée et des critiques croissantes
Le Département d'État, dont le budget a été réduit de près de moitié, peine à répondre à la crise. Un rapport de décembre 2025 révèle les conséquences des coupes : un quart des effectifs en moins. « Les capacités ont été affaiblies par la perte de personnel expérimenté », souligne le syndicat des fonctionnaires.
Les sénateurs démocrates sont consternés. « Ce n'est pas comme s'ils avaient ignoré ce qui allait se passer. Ils avaient déployé un groupe aéronaval », déclare Chris Murphy. Andy Kim tweete : « Les consignes d'évacuation, au troisième jour de la guerre, sont le signe clair qu'il y a ZÉRO stratégie... Cette administration abandonne ses citoyens. »
Des évacuations chaotiques et des inégalités flagrantes
Mercredi, des vols commencent à évacuer des Américains depuis certains pays, mais ils sont insuffisants. Pendant ce temps, Alex Bruesewitz, un jeune conseiller de Trump, tweete une vidéo de son départ du Qatar en jet privé. Jeudi, Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, défend l'action gouvernementale : « Le département d'État dit très clairement aux Américains de ne pas voyager dans la région. »
Mais Joy Rosenthal proteste : « Quand vous avez une fête de famille, vous voulez y aller... J'avais un vol, j'avais un siège attribué ! » Elle s'est inscrite pour obtenir de l'aide, mais n'a pas été contactée. « Je veux partir, on me dit : “Gardez votre téléphone avec vous.” »
Un bilan contrasté et un avenir incertain
Mardi 11 mars, le Département d'État annonce que 43 000 Américains sont rentrés, dont 30 000 aidés par ses services. Mais un abonné répond sur Twitter : « Toujours bloqué ici... Pas de vol. J'écris ça depuis un abri. » La France, elle, a évacué plus de 2 000 personnes par des vols affrétés et 15 000 par des vols commerciaux.
Joy Rosenthal désespère : « Je n'ai eu aucune nouvelle. Quand j'appelle pour savoir où j'en suis dans la file, ils me répètent : “Attendez de recevoir le mail.” Mais je n'ai reçu aucun mail. Les gens vont à l'aéroport et on les renvoie. » Randy Manner, rentré par ses propres moyens, tempête : « Les Anglais, les Français, les Allemands ont organisé des charters. Où est le Département d'État américain ? C'est absolument pathétique. »



