L'absence de Mojtaba Khamenei, fils d'Ali Khamenei et nouveau Guide suprême de l'Iran, aux funérailles de son père ce lundi 6 juillet à Téhéran suscite de vives interrogations. Depuis l'attaque israélo-américaine du 28 février, qui a coûté la vie à Ali Khamenei et à plusieurs membres de sa famille, dont l'épouse de Mojtaba, ce dernier n'a plus été vu en public.
Des funérailles sans le principal protagoniste
Dimanche, des milliers de personnes, dont des responsables de haut rang, ont assisté aux prières funéraires. Selon la tradition, Mojtaba Khamenei, désigné le 8 mars par l'Assemblée des experts comme le nouveau Guide suprême, aurait dû présider les rites. Sa présence aurait marqué sa première apparition publique depuis le début de la guerre avec les États-Unis et Israël. Le New York Times souligne que « son absence a suscité une attention particulière dans un système politique où les apparitions publiques revêtent une importance symbolique et sont soigneusement orchestrées pour projeter une image d'autorité et de stabilité ».
Des doutes sur son état de santé
Blessé lors du bombardement du Palais présidentiel et de la résidence de son père, Mojtaba Khamenei ne s'est exprimé que par des communiqués. Aucun enregistrement audio ou vidéo de lui n'a été diffusé, ce qui alimente les doutes sur sa capacité à exercer ses fonctions. Selon des sources, il se cacherait dans un bunker avec des contacts limités. Le 8 mai, Seyyed Mazaher Hosseini, chef du protocole du bureau d'Ali Khamenei, a affirmé dans une vidéo que « l'ayatollah a été légèrement blessé à la cheville et au dos. Sa blessure au dos s'est résorbée, et sa cheville guérira bientôt. Les rumeurs concernant une blessure au front sont absurdes ». Ces déclarations n'ont pas dissipé les incertitudes.
Des motifs de sécurité peu convaincants
Les médias d'État justifient l'absence de Mojtaba par des raisons de sécurité. Pourtant, The Telegraph note que « les trois autres fils de Khamenei, Mostafa, Masoud et Meysam, ont pris place au premier rang, apparaissant en public pour la première fois depuis l'assassinat de leur père ». De nombreux hauts responsables étaient également présents, dont les généraux Esmail Qaani et Ahmad Vahidi, le président Masoud Pezeshkian, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf et le juge en chef Gholam-Hossein Mohseni Ejei. La présence de quasi-totalité de l'élite iranienne suggère que les autorités avaient confiance en leur dispositif de sécurité. Téhéran a été transformé en forteresse : selon Le Monde, « autour de la Grande Mosalla, un périmètre de sécurité de plus d'un kilomètre interdit tout véhicule ; l'espace aérien de la capitale, déjà restreint les 4 et 5 juillet, devait être entièrement fermé lundi ».
Une crise interne persistante
Les funérailles d'Ali Khamenei se déroulent dans le cadre d'un cessez-le-feu fragile entre les États-Unis et l'Iran, après un protocole d'accord signé le 17 juin. Bien que l'Iran soit globalement sorti gagnant des négociations, la situation politique interne reste complexe. Iran International estime qu'en l'absence de leadership de Mojtaba, le pouvoir a été distribué entre « une constellation d'élites », construite autour de liens familiaux, militaires et politiques. Des tensions existent entre les factions conservatrices de l'appareil religieux et politique, notamment autour des négociations avec les États-Unis et de la dénucléarisation.
« L'absence persistante du nouveau Guide suprême de la scène publique semble avoir rouvert le débat sur la succession d'Ali Khamenei. La vingtaine de communiqués attribués à Mojtaba Khamenei depuis son accession au pouvoir n'ont pas réussi à convaincre de nombreux Iraniens qu'il exerce réellement le pouvoir », poursuit Iran International. Après les prières publiques dimanche, un cortège funéraire doit traverser les rues de la capitale lundi, puis se rendre à Qom mardi. Les cérémonies se poursuivront en Irak avant l'enterrement jeudi 9 juillet à Mashhad. Selon des médias iraniens, Mojtaba Khamenei pourrait être présent le dernier jour, au risque de rendre son éloignement encore plus trouble.



