L'Europe impose des conditions strictes à l'accord commercial avec les États-Unis
L'Europe impose des conditions à l'accord commercial américain

L'Europe renforce ses garde-fous face aux États-Unis

Huit mois après l'humiliation diplomatique de Turnberry, l'Union européenne sort enfin du bois avec une position ferme. Ce jeudi 26 mars, une vaste majorité de députés européens a approuvé l'accord commercial signé en juillet dernier avec les États-Unis, mais en y ajoutant une série de conditions supplémentaires substantielles. Ces dispositions sont explicitement conçues pour prémunir l'UE contre les zigzags imprévisibles de l'intempestif locataire de la Maison-Blanche.

Une procédure marquée par les tensions

Jusqu'au dernier moment, l'atmosphère est restée extrêmement tendue autour de ce dossier. La procédure d'approbation parlementaire avait été gelée en janvier, sur fond d'escalade des tensions autour du Groenland. Plus récemment, l'ambassadeur américain Andrew Puzder est allé jusqu'à menacer ouvertement l'Europe d'arrêter les livraisons cruciales de gaz naturel liquéfié (GNL) si elle ne signait pas l'accord sans modifications.

Ruth Guerra, avocate renommée et spécialiste du commerce international au sein du cabinet KPMG, décrypte pour L'Express ces nouvelles dispositions qu'elle qualifie d'inédites dans l'histoire des accords commerciaux européens.

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Un accord commercial atypique

L'Express : L'Union européenne a multiplié les accords avec ses partenaires commerciaux ces derniers mois. En quoi celui-ci est-il fondamentalement différent ?

Ruth Guerra : C'est un accord véritablement atypique, à la fois dans la manière dont il a été négocié mais aussi, et surtout, au regard des typologies de clauses qu'il comporte désormais. Traditionnellement, les accords de libre-échange conclus par l'UE reposent sur une logique stricte de réciprocité et de symétrie, avec une baisse concertée des droits de douane des deux côtés. Ici, nous sommes dans un schéma profondément asymétrique : l'Europe bénéficie simplement d'un plafonnement des droits de douane américains, tandis que les entreprises des États-Unis obtiennent leur réduction à zéro pour leurs exportations vers le marché européen. On ne peut donc pas vraiment parler d'un accord de libre-échange classique entre l'UE et les États-Unis, mais seulement d'un accord commercial aux termes déséquilibrés.

Les nouvelles clauses de protection européennes

L'Express : Quelles sont précisément les nouvelles dispositions introduites par le Parlement européen ?

Ruth Guerra : Parmi les mécanismes de protection innovants, on trouve notamment une clause d'extinction - ou sunset clause - fixant une échéance impérative au 31 mars 2028. À cette date précise, l'accord expire automatiquement et intégralement, sauf adoption préalable d'une nouvelle proposition législative précédée d'une évaluation d'impact approfondie et indépendante. Dans les accords commerciaux classiques, on trouve habituellement des clauses de sauvegarde activables en cas de déséquilibre majeur, mais jamais de durée d'application définie et automatique comme celle-ci. C'est une innovation majeure qui donne à l'Europe un levier de contrôle renforcé.

Cette approbation conditionnelle marque un tournant dans la relation commerciale transatlantique, où l'Europe affiche désormais sa détermination à se protéger contre les politiques commerciales erratiques.

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