La Chine, l'acteur méconnu de la guerre économique mondiale
Alors que la guerre commerciale initiée par l'ancien président américain Donald Trump a capté l'essentiel de l'attention médiatique ces derniers mois, un autre protagoniste aux méthodes bien plus agressives opère dans l'ombre : la République populaire de Chine. C'est ce que démontrent de manière saisissante Victor D. Cha, Ellen Kim et Andy Lim dans leur ouvrage China's Weaponization of Trade, Resistance Through Collective Resilience, publié par Columbia University Press et encore non traduit.
Des données inédites sur vingt-huit ans de stratégie commerciale
Le trio de chercheurs s'est appuyé sur un corpus de données exclusives, couvrant la période de 1997 à 2025, pour illustrer comment Pékin n'a cessé d'instrumentaliser les échanges commerciaux à des fins politiques. Pourtant, comme le souligne Victor D. Cha, professeur à l'université de Georgetown, "la Chine est beaucoup plus dépendante de ses partenaires commerciaux qu'on ne le croit généralement". Cette vulnérabilité constitue, selon lui, une opportunité stratégique majeure pour les nations attachées à l'ordre libéral international.
La solution avancée ? Développer une stratégie de "résilience collective" afin de dissuader la Chine de recourir à des comportements prédateurs à l'avenir. Cette approche collaborative vise à renforcer la position des démocraties face aux manœuvres économiques coercitives.
La coercition économique : une arme politique redéfinie
Dans un entretien accordé à L'Express, Victor D. Cha précise sa pensée. "Pour la majorité des économistes, les échanges commerciaux entre pays sont perçus comme étant mutuellement bénéfiques", explique-t-il. Il s'agit traditionnellement d'un jeu à somme positive où chaque partie gagne, tout en devenant interdépendante. Durant les cinq dernières décennies, cette interdépendance était considérée comme un facteur positif dans l'organisation des relations internationales.
"Mais sous l'impulsion de la Chine, nous sommes entrés dans une ère où les pays ont de plus en plus tendance à instrumentaliser le commerce à des fins politiques", alerte le chercheur. Cette pratique, qu'il qualifie de "coercition économique", se distingue fondamentalement du protectionnisme classique. Alors que ce dernier consiste à imposer des droits de douane pour protéger les producteurs nationaux – une pratique ancienne encadrée par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) –, la coercition économique obéit à une logique différente.
Il s'agit pour un État d'utiliser divers leviers commerciaux, tels que :
- Des droits de douane ciblés
- Des barrières non tarifaires
- D'autres mesures restrictives
Dans le but explicite de sanctionner un partenaire commercial et d'infléchir ses choix politiques souverains. L'objectif n'est pas de protéger le marché intérieur, mais d'exercer une pression politique sur un autre État. Et selon l'étude, la Chine a systématiquement recours à ce type de pratiques, en faisant un instrument central de sa politique étrangère.



