Boycott des vins américains : les viticulteurs canadiens en plein essor
Boycott des vins US : les viticulteurs canadiens en plein essor

Près de dix-huit mois après l'élection de Donald Trump, les Canadiens refusent toujours d'acheter les vins de l'Oncle Sam, dont les ventes ont chuté de 70 %. Mais ce ne sont pas les crus français qui bénéficient de ce report de consommation.

Une route des vins du Québec en pleine effervescence

À une centaine de kilomètres au sud de Montréal, non loin de la frontière américaine, les vignobles se succèdent sur quelques kilomètres. C'est la route des vins du Québec. Et ces temps-ci, les viticulteurs de La Belle Province, malgré des vins très jeunes, à peine quatre décennies pour les plus anciens, sont aux anges. Les Canadiens boycottent toujours les vins américains depuis dix-huit mois à la suite des droits de douane et des menaces d'annexion du Canada par ce qui est désormais l'ennemi américain.

Chute des ventes et hausse des profits locaux

Les ventes de vins et d'alcools de l'Oncle Sam ont chuté de 70 % entre mars et décembre dernier. Premiers bénéficiaires : les viticulteurs et alcooliers du Canada, dont les profits sont en forte hausse. C'est une chance inespérée pour les producteurs de la province francophone, dont les vins ont toujours eu du mal à percer, même auprès des Québécois, alors que les vins de la péninsule de Niagara, en Ontario et ceux de Colombie-Britannique, plus plaisants, ont plus de succès.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des experts analysent le phénomène

Professeur à l'université Dalhousie, à Halifax, en Nouvelle-Écosse, Sylvain Charlebois confie : « À court terme, ce sont surtout les producteurs et distributeurs locaux qui bénéficient de ce boycott, notamment au Québec, ainsi que certains importateurs européens, dont les vins français, qui gagnent des parts de marché. Ce dernier ne se réorganise pas parfaitement. Une partie de la demande disparaît ou se redirige vers les bières, prêts-à-boire ou spiritueux locaux. »

Son confrère Julien Martin, professeur de sciences économiques à l'université du Québec, à Montréal, tempère : « Les vins européens en profitent, même si leurs ventes sont pénalisées par la dépréciation du dollar canadien face à l'euro. » Un récent sondage du Conseil québécois du commerce de détail révèle que 55 % des Québécois évitent d'acheter américain. Tous les Canadiens, à l'exception des Albertains, qui n'ont que peu de différences culturelles avec les États-Unis, participent au boycott. Non seulement les consommateurs ne boivent plus américain, mais les distributeurs n'achètent plus les whiskys et autres vins californiens.

Le rôle de la SAQ et les alternatives

Selon le quotidien montréalais « La Presse », la Société des alcools du Québec (SAQ), qui possède le monopole de la vente de vins au Québec, a retiré plus de 3 700 caisses d'alcool des États-Unis des étalages dès mars 2025. Les bouteilles incriminées ont été en partie offertes à des organismes de charité. La porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard, confie que « la France demeure de loin le premier pays d'origine des vins vendus à la SAQ. Elle représente aujourd'hui 38 % des parts de marché en valeur, devant l'Italie (27 %) et l'Espagne (14,8 %) ».

En revanche, « sur la dernière année de commercialisation, les données indiquent que le retrait des vins américains a principalement profité aux vins rouges d'Espagne, d'Italie et d'Australie », ajoute la porte-parole. Seule consolation : Bordeaux demeure la première région française en parts de marché à la SAQ. Ils sont suivis par les vins du Languedoc. Les ventes de Cahors ont, elles, chuté.

Un boycott qui s'étend à d'autres secteurs

Selon Julien Martin, le boycott ne devrait pas s'essouffler à court terme. Car il a lieu dans à peu près tous les secteurs d'activité. C'est aussi vrai pour les voyages vers les États-Unis, à la suite de fréquentes arrestations arbitraires de Canadiens par les policiers du régime américain. Au point qu'Air Canada vient de supprimer deux vols quotidiens vers l'aéroport de New York JFK, jugés désormais non rentables.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale