L'Ocean Dream, un diamant bleu-vert unique de 5,5 carats aux enchères chez Christie's
Ocean Dream : un diamant bleu-vert unique aux enchères

Un diamant aux couleurs irréelles

Notre première réaction : l'incrédulité. Une teinte si singulière, portée à son maximum de vivacité, cela n'existe pas, sauf à avoir recours aux radiations. Ou alors il faudrait un miracle, tant la conjonction d'événements concourant à la formation de cette couleur électrique paraît impossible. Surtout sur une pierre de ce poids. Même la taille insolite et raffinée – une forme triangle modifiée – semble être le résultat d'une expérience d'esthète. Et pourtant, deux certificats, émis à quelques années d'intervalle par le GIA – l'organisme de certification le plus réputé – apportent la preuve irréfutable que l'Ocean Dream, un diamant bleu-vert vif – ou plutôt fancy vivid blue-green comme disent les spécialistes – de 5,5 carats, n'a reçu aucun traitement. Il s'agit du plus gros diamant vert jamais certifié par le GIA.

Une couleur rare, presque irréelle

Provenant d'un brut de 11,70 carats découvert durant les années 1990 en Afrique centrale, l'Ocean Dream a été taillé en forme de triangle modifié afin de maximiser sa couleur sans perdre trop de poids, en suivant les contours du brut. C'est peu dire que les regards des spécialistes et des collectionneurs seront aimantés, le 13 mai prochain, par la vente chez Christie's Genève de ce rêve de connaisseur. Cette union éclatante (et uniforme) du bleu et du vert est quasi inexistante dans l'histoire du diamant. Le GIA, depuis sa formation en 1931, n'en a pas certifié beaucoup. Aucune de ce poids et de cette taille en tout cas. Les rares pierres publiquement répertoriées ne dépassent jamais un carat. On comprend pourquoi.

La couleur bleue exige habituellement la présence d'atomes de bore dans la structure cristalline de la pierre pour obtenir un bleu-gris assez métallique. Parfois, la présence d'hydrogène produit une palette tirant davantage vers le bleu-violet. La couleur verte, quant à elle, réclame l'intervention – naturelle et sans aucune intervention de la main de l'homme – de particules alpha, bêta ou gamma qui vont déplacer les atomes de carbone dans le réseau cristallin de la pierre. Pour simplifier, disons que ce déplacement crée des défauts (les gemmologues pédagogues préféreront le mot de vacances ; les puristes parleront de « centres GR1 ») qui absorbent une partie du spectre lumineux.

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La conjonction de ces deux phénomènes est donc statistiquement bien improbable. De plus, la couleur verte ne touche en général que la superficie de la pierre : elle peut disparaître lors de la taille ou sous l'effet de la chaleur. Sauf si les radiations ont largement pénétré la pierre. C'est le cas pour le légendaire diamant vert de Dresde, c'est le cas aussi pour l'Ocean Dream. La couleur est parfaitement homogène, ce qui renforce sa rareté. Il fait partie des « diamants les plus exceptionnels découverts après 1980 » selon le Smithsonian Institute.

Une provenance précieuse

La pierre, acquise par la Cora Diamond Corporation de New York dans les années 1990, provient d'un brut de 11,70 carats découvert durant cette même décennie en Afrique centrale. La plupart, sinon la totalité des gisements de cette région sont alluvionnaires, ce qui explique pour une large part le caractère artisanal des exploitations, désormais encadrées par le Processus de Kimberley. Le processus de taille, réalisé par le discret Mazhar Saylam, spécialiste des diamants de couleur et des pierres exceptionnelles, s'est étalé sur plusieurs mois, avec refroidissement constant. La forme inhabituelle – un triangle modifié – permettait de maximiser la couleur tout en suivant les contours du brut.

La pierre est déjà connue du grand public puisqu'elle avait été exposée en 2003 au Smithsonian Institute à Washington aux côtés de sept autres spécimens de couleur. L'institution affirmait à l'époque que les pierres faisaient partie des « diamants les plus exceptionnels découverts après 1980 ». L'Ocean Dream a également déjà été mis aux enchères une première fois, par Christie's en 2014. Vendu pour 8,7 millions de dollars et resté jusqu'à maintenant dans la même collection privée, la pierre pourrait être cédée à un prix sensiblement supérieur.

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Genève, théâtre des grandes convoitises

La vente spectaculaire chez Christie's du diamant « The Orange », le plus gros diamant orange vivid du monde, a démontré l'attrait inédit du marché pour les diamants aux couleurs singulières, en dehors des traditionnelles teintes rose et bleu. La pierre totalisant 14,82 carats a été cédée pour 35,54 millions de dollars, soit 2,4 millions par carat. Les diamants de couleur soulèvent en effet l'enthousiasme des collectionneurs (notamment asiatiques) depuis une vingtaine d'années. Cette ferveur a véritablement débuté au milieu des années 2000 avec une accélération remarquable dans les années 2010. Notons qu'au XXe siècle, ces pierres (à l'exception des gemmes au poids considérable) étaient accueillies avec une relative indifférence, comme des curiosités géologiques. Le marché était peu spéculatif.

La découverte en 1979 du gisement d'Argyle en Australie a ouvert la voie avec son florilège de diamants roses. La première vente aux enchères d'un diamant de couleur ayant démontré une accélération de la demande date de 1987 : un diamant rouge de 0,95 carat, trouvé au Brésil, cédé pour 880 000 dollars. Son ancien propriétaire l'avait acquis en 1956 pour 13 500 dollars. Les diamants les plus prisés depuis cette date sont les roses et les bleus, qui enregistrent une hausse respective de 394 % et 242 % depuis 2005 ; les rouges – qui sont en fait des roses très intenses et très purs – étant hors concours tant ils sont rares : le moindre carat dépasse très souvent les deux millions de dollars.

Les autres couleurs connaissent un engouement plus récent, mais non moins significatif : le coup d'envoi a été donné en 2013 avec la vente spectaculaire chez Christie's du diamant « The Orange » totalisant 14,82 carats. Ce diamant orange vivid, le plus gros du monde, a été cédé pour 35,54 millions de dollars soit 2,4 millions par carat. Autre nouveauté : les records récents enregistrés par les diamants de couleur possédant une teinte secondaire – rose-pourpre par exemple, à condition que la pierre dépasse les 10 carats. L'Ocean Dream ne les dépasse pas, mais son statut si singulier pourrait être salué par un marché qui ne jure plus désormais que par les « licornes », c'est-à-dire les pierres conciliant qualité et rareté ; ces deux piliers, plus robustes que jamais, de la valeur.