L'Union européenne lance l'application provisoire de l'accord Mercosur
La Commission européenne a annoncé ce lundi que l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur sera appliqué provisoirement à partir du 1er mai prochain. Cette décision intervient malgré les protestations vigoureuses de la France et du secteur agricole européen, qui dénoncent un accord déséquilibré.
Une application provisoire contestée
« L'application provisoire permettra la suppression immédiate de certains droits de douane », a souligné Bruxelles dans son communiqué. Cette annonce fait suite à la saisine de la justice par le Parlement européen en janvier dernier, visant à vérifier la légalité de ce traité de libre-échange. Le processus judiciaire pourrait durer jusqu'à un an et demi, période pendant laquelle la Commission a choisi d'activer l'application provisoire.
La réaction française a été particulièrement vive. La FNSEA, principal syndicat agricole français, avait qualifié cette décision de « déni de démocratie » fin mars. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, avait pour sa part averti en janvier qu'une application provisoire constituerait « une forme de viol démocratique ».
Divisions européennes sur le Mercosur
Cet accord commercial révèle des divisions profondes au sein de l'Union européenne. Alors que la France et les agriculteurs européens s'y opposent fermement, l'Allemagne et l'Espagne le plébiscitent activement. Ce bras de fer entre Berlin et Paris a laissé des traces durables dans les relations intra-européennes.
L'accord doit permettre à l'Union européenne d'exporter davantage de :
- Voitures et machines
- Vins et spiritueux
vers l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. En contrepartie, il facilitera l'entrée en Europe de :
- Viande bovine et volailles
- Sucre, riz et miel
- Soja sud-américain
Arguments économiques contre préoccupations agricoles
Pour ses partisans, cet accord représente une opportunité de relancer l'économie européenne, confrontée à la concurrence chinoise et aux droits de douane américains. Ils estiment qu'il pourrait créer de nouveaux débouchés pour les industries européennes.
Pour ses détracteurs, il risque au contraire de bousculer profondément l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et potentiellement non conformes aux normes européennes, en raison de contrôles insuffisants. Les agriculteurs européens craignent une concurrence déloyale qui mettrait en péril leurs exploitations.
Quels pays appliqueront l'accord ?
L'application provisoire concernera spécifiquement les pays du Mercosur qui auront achevé leurs procédures de ratification et notifié l'Union européenne avant la fin du mois de mars. « L'Argentine, le Brésil et l'Uruguay l'ont déjà fait. Le Paraguay a récemment ratifié l'accord et devrait envoyer sa notification prochainement », a précisé la Commission européenne.
Vers un nouvel accord avec l'Australie
Parallèlement à cette actualité, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est arrivée lundi en Australie pour trois jours de visite destinés à conclure un nouvel accord de libre-échange. Dans une tribune, elle a affirmé que cet accord « mettra fin aux droits de douane sur la plupart des échanges entre l'Union européenne et l'Australie et pourrait faire augmenter le Produit intérieur brut européen de 4 milliards d'euros d'ici à 2030 ».
Ursula von der Leyen insiste particulièrement sur le rôle stratégique de l'Australie dans l'approvisionnement en matières premières critiques, notamment le lithium essentiel à la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Elle reste cependant discrète sur les produits agricoles comme la viande de bœuf, l'agneau et le sucre, qui constituent pourtant le cœur des négociations difficiles entre Bruxelles et Canberra.
Ces développements commerciaux simultanés illustrent la stratégie offensive de l'Union européenne en matière d'accords de libre-échange, malgré les résistances internes et les préoccupations légitimes des secteurs économiques les plus exposés à la concurrence internationale.



