Pérou : un scrutin présidentiel fragmenté avec 35 candidats, Keiko Fujimori en tête
Pérou : élection fragmentée, Keiko Fujimori favorite

Le Pérou face à un choix présidentiel historique et fragmenté

Après l'Argentine, la Bolivie et le Chili, le Pérou s'apprête-t-il à son tour à basculer vers la droite ? Lima se prépare à voter ce dimanche 12 avril, mais sans véritable élan populaire. Environ 27 millions d'électeurs sur une population de 34 millions d'habitants sont appelés aux urnes pour un scrutin qui s'annonce exceptionnellement ouvert, fragmenté et presque illisible avec... trente-cinq candidats ! Un record absolu dans l'histoire politique du pays.

Une décennie de chaos politique et institutionnel

Après une décennie de turbulence politique, le pays sud-américain cherche toujours un cap stable. Le Pérou a vu défiler pas moins de huit présidents en dix ans : Pedro Pablo Kuczynski, Martín Vizcarra, Manuel Merino, Francisco Sagasti, Pedro Castillo, Dina Boluarte, entre autres. Il y a eu des destitutions, des démissions et des crises institutionnelles à répétition. La mécanique démocratique, censée garantir l'équilibre des pouvoirs, s'est transformée en arme de déstabilisation permanente. Depuis la destitution de José Jeri, le parlementaire de gauche José Maria Balcazar assure la présidence par intérim.

Keiko Fujimori en tête d'un paysage électoral éclaté

Dans ce paysage politique extrêmement fragmenté, aucun candidat ne surpasse nettement les autres. Le dernier sondage Ipsos place Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori (1990-2000), en tête avec 15 % des intentions de vote. Derrière elle, tout se joue en quelques points seulement entre Ricardo Belmont, classé au centre gauche, l'humoriste Carlos Álvarez, outsider du centre, Rafael López Aliaga, un libéral conservateur, et Roberto Sánchez, candidat d'une gauche affaiblie. L'indécision reste massive, avec une partie significative des électeurs envisageant de voter blanc ou nul.

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L'obsession sécuritaire domine la campagne

La campagne électorale a été largement dominée par le thème de l'insécurité. Dans un pays confronté à une hausse préoccupante de la criminalité, tous les candidats présidentiels promettent fermeté et ordre. L'immigration irrégulière est particulièrement pointée du doigt, avec des solutions souvent radicales proposées par plusieurs prétendants à la présidence.

Keiko Fujimori reste la favorite du scrutin. Candidate pour la quatrième fois consécutive, elle capitalise sur un socle électoral fidèle et une machine politique bien rodée. La fille d'Alberto Fujimori revendique ouvertement l'héritage d'un pouvoir autoritaire qui avait restauré l'ordre au prix de graves violations des droits humains. Elle promet stabilité et autorité, mais continue de susciter un rejet puissant au sein d'une partie importante de la population. Selon les analystes politiques, l'anti-fujimorisme demeure une force politique diffuse mais prête à se mobiliser massivement au second tour.

Les principaux challengers : droite dure et outsiders

Face à Keiko Fujimori, Rafael López Aliaga incarne une droite dure, religieuse et sans concessions. Ancien maire de Lima, il promet des expulsions massives de migrants et la construction de prisons dans la jungle amazonienne. Son discours est brutal et parfois outrancier, séduisant une partie de l'électorat urbain en quête d'ordre mais inquiétant par ses positions extrêmes.

Carlos Álvarez, humoriste devenu candidat, brouille les codes politiques traditionnels. Longtemps connu pour ses parodies politiques acerbes, il capte la colère anti-système et le rejet des élites traditionnelles. Son discours simple et radical propose notamment le rétablissement controversé de la peine de mort.

Vétérans et gauche affaiblie

Ancien maire de Lima, Ricardo Belmont, 80 ans, joue la carte de l'expérience et de la stabilité. Cette figure médiatique bien connue mise sur une campagne atypique, particulièrement active sur les réseaux sociaux. Il dénonce la corruption comme « la plus grande maladie » du pays, et sa progression tardive dans les sondages en fait un possible trouble-fête.

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À gauche, Roberto Sánchez tente difficilement d'exister dans un contexte politique défavorable. Il promet notamment de gracier Pedro Castillo, l'ancien président emprisonné. Son discours s'adresse principalement aux régions périphériques et aux électeurs marginalisés, mais la gauche péruvienne reste profondément divisée, affaiblie et sans dynamique claire.

Une croissance économique qui masque des fractures profondes

La croissance économique, seul véritable moteur de stabilité récente, se maintient grâce aux investissements publics et privés. La hausse du produit intérieur brut a atteint 3,4 % en 2025, après 3,3 % en 2024, avec une inflation maîtrisée aux alentours de 2 %. Cependant, les inégalités sociales et territoriales persistent fortement, notamment entre Lima et les régions andines ou amazoniennes.

Le secteur informel domine toujours l'économie péruvienne, et la défiance envers les institutions politiques et judiciaires reste profonde. Une jeunesse nombreuse et connectée se dit désabusée par la classe politique traditionnelle. Le prochain président héritera donc d'un terrain particulièrement miné, devant concilier exigences économiques, sociales et sécuritaires. Mais il faudra patienter jusqu'au 7 juin 2026, date du second tour, pour connaître l'identité du futur dirigeant de cette nation andine en quête de stabilité.