Plongée dans les machines du Marion Dufresne II aux TAAF
Visite des machines du Marion Dufresne II

Visite des salles des machines

Aujourd'hui, je visite les salles des machines sur l'invitation de Gwenaël qui me propose d'y faire un dessin. À moi de choisir le mur avec les mécanos : Armel, le chef, Valentin et Zoé, respectivement second et troisième mécaniciens – oui, on dit « second » même quand il y a un troisième pour les grades des marins.

Nous descendons vers des ponts que je ne connais pas car interdits à la circulation, libres ailleurs dans le navire. D'abord la salle des tableaux électriques et commandes électroniques. Gwen (on devient potes) m'explique le fonctionnement des générateurs alimentés par les moteurs au fioul et qui développent l'électricité nécessaire pour faire tourner les turbines et alimenter l'ensemble des machines à bord, depuis le presse-orange électrique du self jusqu'aux serveurs de la salle des PC.

Puis, équipés d'un casque antibruit et précédés par Armel, nous empruntons une échelle plus abrupte pour pénétrer dans les entrailles de la bête. Dans une succession labyrinthique de sas, passerelles et niveaux, le bruit est assourdissant, l'entrelacs de tuyauteries étourdissant.

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J'en ressors comme ivre, mais ce n'était qu'une première approche de l'antre. Sur d'autres types de bateaux, ces espaces ne sont pas aussi resserrés. Mais le Marduf II est un bateau spécial. Il succède au Marion Dufresne premier, en service de 1972 à 1995. Il doit répondre à des missions diverses pour les TAAF et l'Ifremer qui se le partagent. Missions d'océanographie pour l'Ifremer : carottages et transport de matériels d'exploration lourds, laboratoires scientifiques à bord. Missions d'affrètement pour les TAAF, de transport de passagers et de livraison à terre nécessitant l'embarquement d'un hélicoptère, d'une annexe et d'un chaland, de cales et de cuves, ainsi que de grues pour tous les transbordements associés.

Vie à bord et détente

Pour cette ultime traversée, la vie à bord est placée sous le signe du jeu et de la détente. Des tournois sont organisés : échecs, fléchettes, baby-foot et même une course-relais de vitesse de 48 heures sur vélo d'appartement contre la marche du navire. Les pédaleurs se relaieront par tranche d'une demi-heure chacun, jour et nuit, pour tenter de dépasser les 16 nœuds (28 km/h) d'allure du Marduf sur la même durée.

Côté table, la traditionnelle langouste d'Amsterdam est servie pour un des derniers déjeuners à bord. Les pots collectifs « planteur » se succèdent, chaque soir par un organisateur différent, association des anciens des TAAF ou société d'héliportage, et un barbecue est organisé sur la drop zone de poupe l'avant-veille de notre arrivée devant un ultime coucher de soleil. Arrivé en retard pour cause de rédaction de ce journal, je loupe le discours de clôture de Mikael Quimbert, le préfet, qui m'y tacle amicalement pour avoir relevé l'erreur de date dans son discours de Crozet : je reçois dans ma cabine un message WhatsApp de Clémence : « t'es où ? le préfet t'interpelle dans son discours. » Oups !

Entretien avec le préfet

Avant notre arrivée, j'ai sollicité le préfet pour un entretien de fin d'OP qu'il m'accorde le lendemain. Qu'en a-t-il retenu, quelles sont ses priorités et les enjeux de sa mission de deux ans ?

Un budget serré

Les possessions territoriales réunies dans la collectivité des Terres australes et antarctiques françaises offrent à la France une place de tout premier plan pour sa présence dans l'hémisphère sud et en tant que puissance maritime mondiale puisqu'elle occupe la deuxième emprise maritime après les États-Unis. Cette position lui permet de compter politiquement et diplomatiquement dans les actions de protection des milieux marins et du patrimoine naturel unique que représentent les terres australes et antarctiques, dans la recherche scientifique, dans le spatial, etc. Mais a-t-elle encore les moyens de ce rang ?

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Le budget de l'administration des TAAF est d'environ 35 millions d'euros annuel et provient essentiellement de ressources propres, comme les droits de pêche, complétées de subventions des ministères de l'Écologie et de celui des Outre-mer. C'est un budget serré pour l'ensemble de la mission. La tâche du préfet est de faire « tourner la boutique » : gestion des ressources halieutiques, fonctionnement et entretien des bases, garantie des présences et souveraineté françaises… mais également mener à bien deux missions plus spécifiques.

La première est d'organiser la réflexion autour du remplacement du Marion Dufresne, qui atteint sa limite d'âge, vers 2030, avec les partenaires actuels (Ifremer) et/ou d'autres à déterminer, et en listant les missions et besoins afin de définir les caractéristiques du prochain navire puis d'engager en fonction le chantier de construction. La seconde est de trouver de nouvelles ressources budgétaires. Les contraintes qui pèsent sur les finances publiques ont des conséquences également pour les TAAF. Pour le nouveau préfet, il y a certainement des réflexions à mener pour nouer de nouveaux partenariats, notamment avec le privé, tout en préservant parfaitement la mission d'intérêt général. Il n'aura pas trop de deux ans pour avancer sur ces deux enjeux fondamentaux…

Souveraineté et défense

À mes interrogations sur la capacité de la France de maintenir sa souveraineté sur les TAAF – en particulier sur les îles Éparses – dans un contexte mondial de contestation des frontières par des États prédateurs, Mikael Quimbert est confiant. Il m'affirme qu'avec une présence militaire permanente sur chacune des bases ainsi que la surveillance constante de la zone par les bâtiments de la marine nationale des FAZSOI (Forces Armées dans la Zone-sud de l'Océan Indien) basées à la Réunion, cette défense associée à des relations diplomatiques actives avec les pays voisins était bien effective et dimensionnée à la mesure du nécessaire…

En novembre dernier, lors d'un colloque des TAAF à Paris, j'avais posé la même question au général Laurent Cluzel, ancien commandant en chef des FAZSOI, qui m'avait répondu sensiblement la même chose. Certes, un certain Donald ne sait sans doute pas ce que sont les TAAF. Mais Xi et Vlad, eux, le savent très certainement. Et si ce dernier, pour des sujets européens – et comme il le fait déjà vraisemblablement à Mayotte ou en Nouvelle-Calédonie – veut nous emmerder avec ça…