Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclenché une vive controverse internationale en publiant mercredi une vidéo montrant des militants d'une flottille pour Gaza agenouillés, la tête contre le sol et les mains liées dans le dos. La scène, qualifiée d'humiliante, a suscité l'indignation bien au-delà des frontières israéliennes, y compris au sein du gouvernement de Benyamin Netanyahou.
Une vidéo qui provoque un tollé
Dans la séquence postée sur sa chaîne Telegram et relayée sur X, Itamar Ben Gvir apparaît triomphant, déclarant : « Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous », tandis que l'hymne national israélien résonne en fond sonore. Les images montrent des dizaines de militants, membres d'une flottille humanitaire pour Gaza, agenouillés côte à côte, le visage collé au sol et les mains entravées. L'un des militants, une jeune femme criant « Libérez la Palestine », est violemment poussée vers le sol par les services de sécurité.
La flottille interceptée
Les bateaux de la flottille, partis de Turquie, ont été interceptés lundi par les forces israéliennes au large de Chypre. Les militants cherchaient à apporter de l'aide humanitaire à Gaza, territoire ravagé par deux ans de guerre et soumis à un blocus israélien depuis 2007. Mercredi, les autorités israéliennes ont commencé à transférer près de 430 membres de la flottille vers des centres de détention dans le sud d'Israël.
Netanyahou critique la mise en scène
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a jugé ces images « pas conformes aux valeurs d'Israël ». Son ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a accusé Ben Gvir d'avoir « sciemment nui » à l'image du pays avec « ce spectacle honteux ». « Non, vous n'êtes pas le visage d'Israël », a-t-il insisté. En réponse, Ben Gvir a défendu la vidéo comme « une grande source de fierté ». Netanyahou, tout en critiquant le comportement de son ministre, a appelé à expulser les militants « dès que possible », affirmant qu'Israël a le droit d'empêcher les flottilles de « partisans terroristes du Hamas » d'entrer dans ses eaux territoriales.
Réactions internationales
La communauté internationale a condamné fermement la vidéo. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé des « agissements inadmissibles » et convoqué l'ambassadeur d'Israël en France pour obtenir des explications. Il a rappelé que la France désapprouve la démarche des flottilles, mais a exigé que les ressortissants français soient traités avec respect et libérés rapidement. L'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka, a reconnu que la vidéo « va complètement à l'encontre de nos valeurs ».
De nombreux pays, dont l'Espagne, l'Italie, la Belgique, la Pologne et les Pays-Bas, ont convoqué leurs ambassadeurs israéliens. L'Italie a qualifié le traitement des détenus d'« inadmissible » et exigé des excuses ainsi que la libération immédiate de ses ressortissants. L'Espagne a jugé le comportement « monstrueux, indigne et inhumain ». Le Canada a parlé d'« odieux », tandis que l'Irlande s'est dite « consternée et choquée », la sœur de la présidente irlandaise faisant partie des militants.
La Turquie, d'où la flottille est partie, a dénoncé la « mentalité barbare » du gouvernement israélien. La ministre polonaise des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a exigé des « conséquences » pour Ben Gvir, déclarant : « Vous n'avez pas le droit de traiter ainsi des citoyens polonais qui n'ont commis aucun crime. »
Réactions des organisations internationales
La commissaire européenne Hadja Lahbib, responsable des situations de crise humanitaire, a relayé la vidéo en déclarant : « Regardez cette vidéo. Ce ne sont pas des criminels, mais des militants qui tentent de distribuer du pain aux personnes qui ont faim. » Elle a rappelé que le militantisme pacifique et la liberté de réunion sont des droits fondamentaux et a exigé le respect du droit international humanitaire.
Rapatriement des militants
L'ambassadeur Joshua Zarka a assuré que tous les militants français et d'autres nationalités seraient rapatriés « le plus rapidement possible », à condition qu'ils n'aient pas de lien avec le Hamas. « Nous avons changé la loi afin de pouvoir les laisser partir le plus rapidement possible », a-t-il précisé. Il a également déploré que Ben Gvir ait utilisé cette affaire à des fins électorales.



