Un projet contesté de dévoiement de la route départementale 19
Alors que l'enquête publique s'est terminée lundi 4 mai, un propriétaire et des agriculteurs occupants font part de leur opposition au projet de dévoiement (détournement) de la route départementale 19 dans le cadre du respect des servitudes aéronautiques de l'aéroport de Bergerac. Jeudi 4 juin au plus tard, Maryse Delibie, qui s'est chargée de l'enquête publique, rendra son rapport à la préfète de la Dordogne. Cette dernière aura alors un an pour prendre un arrêté portant déclaration d'utilité publique ouvrant la porte à des expropriations.
Un projet vieux de dix ans
Sur la table du Conseil départemental depuis dix ans au moins, l'extension de la zone de servitude aéronautique pour le décollage et l'atterrissage des avions va aboutir à la construction d'une nouvelle route sur 1,6 km de long. Ce détour permettra à l'aéroport de conserver son agrément international. Selon l'avis des Domaines, rendu fin mars 2026 et consultable dans le dossier d'enquête publique, quatre propriétaires sont concernés par ce chantier pour des parcelles dont la superficie oscille entre 820 m² et 6 854 m².
Une indemnité jugée dérisoire
« En l'absence d'accords amiables avec l'ensemble des propriétaires et exploitants évincés impactés par cette opération, à la suite des négociations engagées par le Département, il a été nécessaire de lancer une procédure de déclaration d'utilité publique en vue d'une procédure d'expropriation », peut-on lire dans le rapport de la Direction générale des finances publiques. Une affirmation qui fait bondir Marcel Dalla-Valle, qui affirme avoir « découvert cette route par hasard dans le journal ». « Ils veulent m'expulser pour avoir le terrain [une parcelle de 6 585 m² sur ses 35 000 m²] à bas prix », estime celui dont l'entreprise de piquets et bois de chauffage est en liquidation depuis décembre 2020. Dans l'avis des Domaines, son terrain en friche lui vaudrait une indemnité de 1 958,50 €, soit un prix de 0,30 €/m². Le sexagénaire a reçu par courrier recommandé l'avis d'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique, mais ne compte pas se laisser faire. « Je suis prêt à me battre », assure-t-il.
De son côté, Michel Conte, qui possède la plus petite parcelle, exploitée par les pépinières Desmartis, rappelle que le projet existe depuis les années 1950. Force est de constater qu'il est repoussé depuis des années. Le règlement européen remonte à 2014, tandis que les premiers échanges avec la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) ont eu lieu en 2016. Ainsi, le dévoiement aurait dû être applicable fin 2024. Depuis cette date, le gabarit des véhicules est d'ailleurs limité à 4,10 m de haut par des portiques.
Des contraintes environnementales
Le Département bénéficie d'une dérogation de la DGAC jusqu'à fin décembre 2026. Autant dire que le temps est compté. Dans son diagnostic écologique sommaire, le bureau d'études environnementales Realys a identifié deux enjeux forts en termes d'habitat de la faune sur le secteur. Ainsi, les premiers travaux à réaliser sur le site (déboisements, défrichages, terrassements, nivellements, etc.) devront être effectués en dehors de la période de reproduction de l'orvet fragile, c'est-à-dire entre septembre et octobre. Un calendrier qui pourrait être difficile à tenir si la déclaration d'utilité publique fait l'objet de recours.
Des agriculteurs bio en colère
Du côté de certains exploitants des terres, la pilule a beaucoup de mal à passer. Installés en bio depuis trois ans avec une trentaine de vaches bazadaises, Valérie Calbry-Angrand et son époux assurent qu'ils ont également appris ce projet dans la presse. « On dirait qu'on ne fait pas partie du problème, enrage la paysanne qui annonce devoir mettre la clé sous la porte à la fin de l'année. Ces terres sont atypiques et celles qui portent [où les animaux ne s'enfoncent pas] seront coupées en deux. » Elle s'interroge sur ce projet de dévoiement « qui coûte une fortune » et se demande « pourquoi ne pas décaler les pistes dans l'autre partie de l'aéroport ? » Pour l'éleveuse, ce projet « va détruire une agriculture écologique pour mettre des avions ». L'indemnité de ces exploitants ne dépasse pas les 10 000 euros selon l'avis des Domaines, pour la perte de revenus et de fumures.
Le Département « s'en serait bien passé »
Contacté, Pascal Delteil, le président du Syndicat mixte air Dordogne (propriétaire de l'aéroport) et conseiller départemental, estime que les propriétaires sont au courant du projet depuis « fort longtemps ». Il assure que de nombreuses solutions alternatives ont été étudiées, comme la mise en place de feux tricolores et de barrières qui seraient actionnées par la tour de contrôle. Des hypothèses qui ont été rejetées par la DGAC. « Le Département s'en serait bien passé, on n'a pas d'autres moyens », observe l'élu.



