Tunisie : les bébés de la migration privés de santé et d'éducation
Tunisie : bébés migrants sans accès à la santé ni à l'école

Une situation humanitaire alarmante

En Tunisie, des centaines d'enfants nés de parents migrants subsahariens se retrouvent dans une impasse administrative et sociale. Privés de documents d'identité, ils n'ont pas accès aux soins de santé ni à l'éducation, une situation que les associations dénoncent comme une violation des droits fondamentaux.

Ces enfants, souvent appelés les "bébés de la migration", sont nés sur le sol tunisien mais ne peuvent être déclarés à l'état civil en raison du statut irrégulier de leurs parents. Sans acte de naissance, ils n'existent pas officiellement, ce qui les exclut de tout système de protection sociale.

Un vide juridique préoccupant

Le droit tunisien prévoit que tout enfant né sur le territoire doit être déclaré, mais dans la pratique, les parents sans papiers hésitent à se rendre à l'état civil par crainte d'être arrêtés ou expulsés. Les associations de défense des migrants estiment qu'ils sont plusieurs centaines dans ce cas, principalement dans les grandes villes comme Tunis, Sfax ou Sousse.

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"Ces enfants sont invisibles aux yeux de l'administration", explique une travailleuse sociale d'une ONG locale. "Ils ne peuvent pas être vaccinés, ni consultés par un médecin, et encore moins inscrits à l'école. C'est une bombe à retardement humanitaire."

Conséquences sur la santé et le développement

Le manque d'accès aux soins de santé expose ces nourrissons à des risques graves. Les vaccinations de base, essentielles pour prévenir des maladies comme la rougeole ou la poliomyélite, ne peuvent être administrées. De plus, en cas de maladie, les parents n'osent pas se rendre à l'hôpital, ce qui retarde les traitements et aggrave les pronostics.

Sur le plan éducatif, l'absence de papiers empêche toute scolarisation. Les enfants grandissent sans apprendre à lire ni à écrire, ce qui compromet leur avenir et perpétue le cycle de la précarité.

Les appels à une réforme

Face à cette situation, plusieurs organisations de la société civile tunisienne et internationale appellent le gouvernement à adopter une circulaire permettant la déclaration des enfants sans exiger de papiers pour les parents. Certaines municipalités ont déjà pris des initiatives locales, mais sans cadre légal national, ces solutions restent fragiles.

"Il ne s'agit pas de régulariser les parents, mais de protéger les enfants", insiste un responsable d'ONG. "La convention internationale des droits de l'enfant, que la Tunisie a ratifiée, stipule que tout enfant a droit à une identité, à la santé et à l'éducation. Il est urgent d'agir."

En attendant, les "bébés de la migration" continuent de vivre dans l'ombre, privés de leurs droits les plus élémentaires, dans un pays qui se veut pourtant un modèle de stabilité dans la région.

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