Derrière chaque bateau de Rohingya fuyant la Birmanie, se cache un business juteux. Selon une enquête du Monde, des réseaux criminels organisent ces traversées périlleuses, facturant jusqu'à 2 000 dollars par personne. En 2025, plus de 4 500 Rohingya ont tenté la traversée vers la Malaisie ou l'Indonésie, un chiffre en hausse de 30 % par rapport à l'année précédente.
Un système bien rodé
Les passeurs, souvent d'anciens pêcheurs birmans, opèrent depuis les côtes du Bangladesh et de la Birmanie. Ils utilisent des bateaux de pêche vétustes, chargés à ras bord. Les conditions de voyage sont inhumaines : entassement, manque d'eau et de nourriture, violences. « Ils nous traitaient comme des marchandises », témoigne un survivant recueilli en Indonésie.
Des profits colossaux
Le trafic rapporterait entre 10 et 15 millions de dollars par an. Les passeurs blanchissent l'argent via des investissements immobiliers en Thaïlande et au Bangladesh. « C'est un business très structuré, avec des ramifications jusqu'en Malaisie », explique un enquêteur de l'ONU. Les victimes, elles, paient le prix fort : en 2025, près de 500 Rohingya sont morts en mer.
L'impuissance des États
Malgré les patrouilles maritimes, les arrestations sont rares. Les pays de la région se renvoient la responsabilité. Le Bangladesh, qui accueille déjà un million de Rohingya, refuse de laisser partir les bateaux. La Malaisie, destination prisée, repousse parfois les embarcations. « Il faut une coopération régionale pour démanteler ces réseaux », plaide un responsable d'ONG.
En attendant, les départs continuent. Chaque semaine, des familles entières risquent leur vie pour un avenir incertain. Le business de la misère prospère sur leur désespoir.



