Élections municipales palestiniennes : désillusion et guerre à Gaza
Municipales palestiniennes : vote sous la guerre

Un scrutin sous le signe de la guerre et de la désillusion

Les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza se sont rendus aux urnes samedi pour élire leurs maires et conseillers municipaux. Il s'agit des premières élections locales depuis le début de la guerre dévastatrice dans la bande de Gaza, un conflit qui a profondément marqué la société palestinienne. Le scrutin s'est déroulé dans un climat de désillusions et d'offre politique très restreinte.

La plupart des listes candidates étaient alignées sur le Fatah, le parti nationaliste du président Mahmoud Abbas, au pouvoir depuis 2005, ou se présentaient sans étiquette. Aucune liste ne se réclamait du Hamas, le mouvement islamiste rival qui contrôle une grande partie de la bande de Gaza, pourtant durement touchée par plus de deux ans de guerre avec Israël.

Une participation en baisse

Près de 1,5 million de personnes étaient inscrites sur les listes électorales en Cisjordanie occupée, et 70 000 dans la zone de Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, sous contrôle du Hamas. Selon la Commission électorale centrale basée à Ramallah, les bureaux de vote ont fermé à 18 heures (15 heures GMT) à Deir el-Balah et une heure plus tard en Cisjordanie.

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À 17 heures (14 heures GMT), le taux de participation atteignait 40,62 % en Cisjordanie, contre 53,7 % lors du précédent scrutin de 2022. À Deir el-Balah, la participation n'était que de 21,2 % à la clôture du vote, un chiffre très faible reflétant le contexte de guerre et de déplacements massifs.

Des attentes modestes mais réelles

Un journaliste de l'AFP a observé une participation notable des femmes à Jéricho, en Cisjordanie. Manar Salmane, professeure d'anglais dans cette ville, a déclaré : « Nous allons élire quelqu'un capable d'améliorer la vie de la communauté, notamment en ce qui concerne l'approvisionnement en eau et la réfection des rues. »

Dans la bande de Gaza, où la population est massivement déplacée et soumise à de graves pénuries, Mohammed al-Hasayna, 24 ans, a confié : « Ces élections sont symboliques, mais je les vois comme l'expression de notre volonté de vivre. »

Le conflit, déclenché par l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, a fait plus de 72 000 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza, des chiffres jugés fiables par l'ONU. Un cessez-le-feu est en vigueur depuis octobre 2025, mais il est entaché de violences quotidiennes.

Un besoin de renouveau face aux violences

En Cisjordanie, également en proie à une flambée de violences, Ziad Hassan, un homme d'affaires du village de Dura Al-Qaraa, estime que le moment est très mal choisi : « Avec la guerre à Gaza et les attaques des colons qui se poursuivent en Cisjordanie. » La région est le théâtre de violences impliquant des colons israéliens, qui se sont intensifiées depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février.

Abed Jabaieh, 68 ans, ancien maire, insiste : « Le plus important, c'est de nous protéger contre les colons. C'est pourquoi nous avons besoin de nouveaux visages, de jeunes prêts à se battre pour nos droits. »

Les conseils municipaux gèrent des services essentiels comme l'eau, l'assainissement et les infrastructures locales, mais sans pouvoir législatif. Faute d'élections présidentielles et législatives depuis 2006, ils restent l'une des rares institutions démocratiques fonctionnelles sous l'Autorité palestinienne. Celle-ci fait face à des accusations de corruption, et les bailleurs de fonds conditionnent de plus en plus leur soutien à des réformes visibles, notamment au niveau de la gouvernance locale.

Une absence notable du Hamas

Certains aspirants candidats ont affirmé n'avoir pas pu se présenter, dont Mohammad Dweikat à Naplouse. Il a assuré à l'AFP que des personnes sur sa liste avaient été retenues en détention jusqu'à la fin de la période d'inscription.

Mahmoud Bader, homme d'affaires votant à Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie, se montre pessimiste : « Indépendants ou venant d'un parti, les candidats ne changeront rien à la ville. C'est l'occupation qui dirige », dit-il, alors qu'Israël a pris le contrôle de deux camps de réfugiés voisins.

À Naplouse, où une seule liste est en lice, une femme devrait être élue à la tête de la mairie pour la première fois.

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La Cisjordanie a connu des élections municipales en 2017 et en 2021-2022. Mais à Gaza, contrôlée par le Hamas depuis 2007, il s'agit des premières depuis les législatives de 2006 remportées par le mouvement islamiste.

Pour l'expert en sciences politiques Jamal al-Fadi, de l'université Al-Azhar au Caire, l'Autorité palestinienne entend avec le scrutin à Deir el-Balah mesurer son influence, faute de sondages récents.