Au Mali, des opposants prônent le dialogue avec les jihadistes
Mali : des opposants veulent dialoguer avec les jihadistes

Au Mali, alors que la junte militaire au pouvoir depuis 2020 peine à endiguer la violence jihadiste, une plateforme d'opposants, la Coordination des forces républicaines (CFR), prône une approche radicalement différente : le dialogue avec les groupes armés jihadistes. Cette position, qui tranche avec la ligne dure du gouvernement, suscite un vif débat dans un pays meurtri par plus d'une décennie de conflit.

Une plateforme d'opposants unis

La CFR regroupe plusieurs partis politiques, organisations de la société civile et personnalités indépendantes. Elle est née de la volonté de trouver une issue politique à la crise sécuritaire et politique que traverse le Mali depuis 2012. Ses membres estiment que la réponse exclusivement militaire a montré ses limites et qu'il est temps d'explorer d'autres voies.

Pour la CFR, le dialogue avec les jihadistes ne signifie pas une capitulation, mais une stratégie pragmatique pour réduire la violence et restaurer la paix. Ils s'appuient sur des exemples historiques où des négociations ont permis de désamorcer des conflits, comme en Algérie ou en Afghanistan.

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Les arguments des partisans du dialogue

Les membres de la CFR avancent plusieurs arguments :

  • L'échec de l'approche militaire : malgré le déploiement de forces maliennes et internationales, les attaques jihadistes se multiplient, faisant des centaines de morts chaque année.
  • La nécessité de traiter les causes profondes : le conflit est alimenté par des injustices sociales, une marginalisation des régions du nord et un sentiment d'abandon de l'État.
  • L'opportunité d'une paix durable : des pourparlers pourraient permettre de réintégrer certains combattants dans la société et de mettre fin à la spirale de violence.

La CFR propose ainsi une conférence nationale inclusive, réunissant tous les acteurs maliens, y compris les représentants des groupes jihadistes prêts à déposer les armes.

Une position controversée

Cette initiative est loin de faire l'unanimité. Le gouvernement de transition, dirigé par le colonel Assimi Goïta, rejette catégoriquement toute négociation avec les jihadistes, qu'il qualifie de « terroristes ». Les autorités maliennes préfèrent miser sur le renforcement de l'armée et la coopération avec des partenaires étrangers, comme la Russie.

Les critiques estiment que dialoguer avec les jihadistes reviendrait à légitimer des groupes responsables d'atrocités. Certaines victimes d'attentats expriment leur colère : « Comment peut-on discuter avec ceux qui ont tué nos proches ? » s'interroge une habitante de Bamako.

La communauté internationale est également divisée. Si certains pays, comme l'Algérie, plaident pour une solution négociée, d'autres, comme la France, se montrent prudents. Paris rappelle que les jihadistes maliens sont liés à Al-Qaïda et à l'État islamique, ce qui rend tout dialogue difficile.

Un contexte sécuritaire alarmant

Le Mali est en proie à une insurrection jihadiste depuis 2012, qui a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Malgré l'intervention de la France (opération Serval puis Barkhane) et de la Minusma, la violence s'est étendue au centre du pays, attisée par des conflits intercommunautaires.

La junte au pouvoir a rompu les accords de défense avec la France et s'est tournée vers la Russie, via le groupe Wagner, pour assurer sa sécurité. Mais cette stratégie n'a pas endigué la menace jihadiste.

Un appel à la mobilisation

La CFR multiplie les actions de sensibilisation pour faire entendre sa voix. Elle organise des conférences, des débats publics et des rencontres avec des médiateurs internationaux. Son objectif : créer un rapport de force suffisant pour que le gouvernement accepte d'ouvrir des négociations.

« Nous ne voulons pas remplacer la junte, mais nous voulons que le peuple malien puisse décider de son avenir », explique un porte-parole de la CFR. « Le dialogue est le seul moyen de sortir de cette impasse. »

Reste à savoir si cette position trouvera un écho au sein d'une population lassée par la violence et méfiante envers les jihadistes. L'avenir du Mali dépendra peut-être de sa capacité à surmonter ses divisions et à inventer une paix inclusive.

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