Mali: une série d'attaques coordonnées plonge le pays dans une crise sécuritaire
Le Mali traverse une crise sécuritaire majeure suite à une série d'attaques coordonnées menées par des groupes djihadistes et des rebelles touareg contre des positions stratégiques de la junte. Ces attaques, survenues samedi, sont sans précédent depuis près de quinze ans, rappelant les événements de mars 2012 où des rebelles indépendantistes touareg, rapidement évincés par leurs alliés islamistes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique, avaient pris le contrôle des villes de Kidal, Gao et Tombouctou dans le nord.
Le Mali est en proie aux conflits et aux violences djihadistes depuis lors, mais les attaques de samedi, menées par les djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) et de la rébellion indépendantiste touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA), sont également inédites depuis la prise du pouvoir par la junte en 2020. Dimanche en fin de journée, les combats avaient baissé d'intensité sur le territoire. La confédération AES, formée du Mali, du Burkina et du Niger, a dénoncé « un complot monstrueux soutenu par les ennemis de la libération du Sahel » dans un communiqué.
Évolution des positions territoriales
Les rebelles du FLA, groupe séparatiste réclamant le territoire de l'Azawad dans le nord du Mali, ont revendiqué le contrôle « total » de la ville clé de Kidal, après des affrontements qui avaient repris dans la matinée. Le FLA a aussi annoncé être parvenu à un « accord » permettant aux soldats russes de l'Africa Corps de se retirer de Kidal. Cette ville avait été reprise en novembre 2023 par l'armée malienne appuyée par des combattants du groupe paramilitaire russe Wagner, devenu Africa Corps, mettant fin à plus d'une décennie de contrôle par des groupes rebelles.
Le FLA revendique en outre avoir pris le contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao. Les combats ont cessé mais les rebelles se trouvent toujours aux abords de la ville. Le calme est revenu à Kati, ville-garnison et fief de la junte situé à une quinzaine de kilomètres de Bamako, après des tirs signalés dans la matinée. À Sévaré, la situation restait « confuse » et des coups de feu sont encore entendus par endroits, d'après un élu local. Selon un bilan annoncé par le gouvernement, les combats depuis samedi ont fait 16 blessés civils et militaires et des « dégâts matériels limités », mais le nombre de victimes pourrait s'alourdir.
Décès du ministre de la Défense
Coup dur porté au régime militaire, le ministre de la Défense, Sadio Camara, 47 ans, un des principaux responsables de la junte, a été tué lors des attaques samedi par « un véhicule piégé conduit par un kamikaze » ayant ciblé sa résidence à Kati. Le gouvernement a confirmé son décès dimanche soir. Lors des « incidents terroristes » ayant visé sa résidence, le général Sadio Camara a « engagé des échanges avec les assaillants dont il a réussi à neutraliser certains », affirme la junte. Le général Sadio Camara a été blessé puis transporté à l'hôpital où « il a malheureusement succombé ».
De son côté, le général Assimi Goïta, chef de la junte, n'a pas été vu et n'a pas pris la parole depuis le début des hostilités. Une source sécuritaire malienne a indiqué qu'il « a été exfiltré de Kati dans la journée de samedi et se trouve en lieu sûr ». Le JNIM, qui lutte depuis des années contre les militaires au pouvoir à Bamako, a proclamé samedi soir la « victoire ». Il déclare assumer « la responsabilité » pour les assauts ayant visé samedi « le siège du président malien Assimi Goïta, le siège du ministre malien de la Défense Sadio Camara, l'aéroport international » de Bamako et « les sites militaires dans la ville de Kati ». En septembre 2024, le JNIM avait revendiqué une double attaque d'une rare ampleur contre l'aéroport militaire de Bamako et contre l'école de gendarmerie, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés.
La Coalition des forces pour la République (CFR), mouvement auquel appartient l'influent imam malien en exil Mahmoud Dicko, a estimé dimanche dans un communiqué que le Mali était « en danger ». La junte « a promis aux Maliens la sécurité, la stabilité et le retour de l'État. Aujourd'hui, ces symboles sont frappés », selon la CFR.



