Hantavirus : incubation, transmission, traitement, tout savoir sur le virus
Hantavirus : incubation, transmission, traitement, tout savoir

Depuis l'apparition du hantavirus dans l'actualité avec l'épidémie sur le navire de croisière MV Hondius, de nombreuses questions liées aux souvenirs de la crise Covid-19 émergent. Histoire du virus, mutation, traitement, transmission… On répond à vos questions avec l'appui d'un expert.

D'où sort ce « nouveau » virus ?

« On le connaissait probablement avant mais la première épidémie de hantavirus décrite date de 1951 », rappelle le Dr Philippe Halfon, virologue à l'Hôpital européen à Marseille. Lors de la guerre de Corée, près de 3 000 soldats sont tombés malades, atteints « d'une fièvre hémorragique » près de la rivière Hantan qui donnera son nom au virus : « Les médecins ont décrit un syndrome avec une fièvre, des hémorragies et des insuffisances rénales avec une mortalité élevée, 5 à 10 % des cas. » Après d'autres suspicions de cas en Chine, en Sibérie et en Europe, le virus est véritablement identifié en 1978 par un médecin coréen qui désigne le rat et plus globalement les rongeurs comme porteurs du virus. En 1993, une nouvelle épidémie touche les États-Unis, en Arizona, « avec 50 % de mortalité sur les jeunes adultes, ce qui est énorme », souligne l'infectiologue. Le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) identifie un nouvel hantavirus, transmis par une souris, avec des symptômes beaucoup plus axés sur les poumons. Depuis 2000, de nouveaux cas ont été décrits avec de petites épidémies « contrôlées », sans provoquer de vraies menaces : « Finalement, on l'a toujours un peu connu mais on ne s'en est pas vraiment inquiété. »

Quelle est la particularité de cette épidémie ?

La souche des Andes a été identifiée comme à l'origine de cette contamination. C'est la seule connue qui est transmissible entre les humains et non pas uniquement entre les rongeurs et notre espèce. Elle présente un taux de mortalité élevé : sur les 8 cas déclarés, on recense 3 morts, soit 37,5 % de mortalité. Le temps d'incubation de cette souche est très variable, de deux à six semaines. Il dépend du niveau d'immunité, de la dose virale et de l'état de santé des sujets. « C'est un virus à ARN, il peut y avoir des erreurs lors de la réplication, ce qui entraîne une variabilité génétique importante », vulgarise le médecin. En revanche, même s'il a tendance à muter, ses différentes formes ne passent pas à travers les tests : « Aujourd'hui, on séquence tous les virus, c'est devenu de la routine. Donc il n'y a pas de difficulté technique à identifier les variants. »

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Quels sont les facteurs de transmission ?

Depuis les rongeurs, les facteurs sont multiples : urine, déjection, salive, gouttelettes respiratoires. La première hypothèse de l'origine de cette épidémie vient de la présence de rats dans les zones de stockage. Entre les humains, il est plus difficile d'établir précisément les facteurs car les interactions ont été très rarement observées. Le virus pourrait être transmis via un contact ou la salive mais l'enquête en cours auprès des passagers du navire cherche à confirmer ces pistes.

Les croisières sont-elles des milieux à risque ?

« C'est un espace confiné, il y a une ventilation insuffisante et une proximité prolongée entre les personnes », décrit le Dr Philippe Halfon. L'incubateur parfait pour un virus. Même si un navire de croisière est équipé d'une infirmerie, les moyens médicaux restent limités : « Est-ce que si les malades avaient été pris en charge directement dans un centre hospitalier, mis sous hydratation et oxygénothérapie dans un service de réanimation ou de soin intensif, ils ne seraient pas morts ? Peut-être, la mortalité est réelle mais relative. »

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Sommes-nous armés pour affronter cette crise ?

Tous les passagers font l'objet d'une surveillance et d'un protocole pour limiter la contamination. Pour les cas les plus exposés ou les suspicions, des mesures d'isolement peuvent être ordonnées. L'OMS préconise 42 jours pour les cas contacts. Mais il n'est pas question à ce stade de confinement à grande échelle ni de vaccin : « On ne peut pas faire un vaccin pour chaque souche et chaque épidémie, c'est inconcevable. L'industrie pharmaceutique va recycler toutes les molécules pour voir s'il n'y a pas un antiviral qui pourrait fonctionner, c'est un classique. » Il n'existe pour le moment aucun traitement de la maladie à proprement parler mais simplement des symptômes comme pour le Covid-19. « Cette épidémie nous rappelle qu'il faut conserver les gestes barrières pour limiter toute transmission : désinfection des mains, aération des pièces, limiter les contacts… », conseille le médecin.