Dans un monde où les frontières sont souvent considérées comme immuables, certaines régions défient la géographie officielle. C'est le cas du Somaliland, une région du nord de la Somalie qui a déclaré son indépendance en 1991 mais n'est reconnue par aucun État membre de l'ONU. Pourtant, cette entité fonctionne avec son propre gouvernement, sa monnaie et ses institutions. C'est ce territoire paradoxal qu'une journaliste cartographe a entrepris de dessiner, littéralement.
Un voyage au cœur d'un État fantôme
La journaliste, spécialisée dans la cartographie narrative, s'est rendue au Somaliland pour comprendre comment un État non reconnu s'organise sur le terrain. Armée de carnets, de crayons et d'un GPS, elle a parcouru les rues de Hargeisa, la capitale, et les villages reculés. Son objectif : créer une carte subjective, mêlant données objectives et témoignages locaux.
Une carte pour exister
Pour les habitants du Somaliland, être cartographié est une forme de reconnaissance. « Nous existons, mais personne ne nous voit », confie un commerçant de Hargeisa. La journaliste a recueilli des histoires de vie, des anecdotes sur les frontières informelles, les points de contrôle tenus par des milices, et les espoirs d'une reconnaissance future. Sa carte inclut des éléments invisibles sur les cartes classiques : les trajets des nomades, les marchés informels, les zones de paix relative.
Les défis de la cartographie d'un territoire contesté
Dessiner un État qui n'existe pas sur le papier pose des problèmes éthiques et pratiques. La journaliste a dû naviguer entre les revendications des autorités locales et les sensibilités internationales. Elle a choisi de représenter le Somaliland avec des lignes pointillées, symbolisant une frontière contestée. « Ce n'est pas une carte officielle, c'est une carte humaine », explique-t-elle.
Un travail de terrain minutieux
Pendant plusieurs semaines, elle a sillonné le territoire, interviewant des centaines de personnes. Elle a documenté les infrastructures, les écoles, les hôpitaux, mais aussi les difficultés : absence de reconnaissance bancaire, isolement diplomatique. Chaque point sur sa carte est le fruit d'une rencontre, d'une observation.
Quand la cartographie devient un acte politique
En dessinant le Somaliland, la journaliste ne se contente pas de décrire une réalité géographique ; elle participe à un débat sur la souveraineté et la reconnaissance. Son travail interroge la notion même d'État : qu'est-ce qui fait qu'un territoire devient une nation ? Pour les habitants, la réponse est simple : le sentiment d'appartenance et la volonté collective.
Cette initiative rappelle d'autres projets de cartographie alternative, comme ceux menés dans les territoires palestiniens ou au Kurdistan. Dans tous ces cas, la carte devient un outil de revendication et de mémoire.
Un projet qui continue
La carte du Somaliland n'est pas encore terminée. La journaliste prévoit de la publier sous forme d'atlas participatif, permettant aux habitants d'ajouter leurs propres lieux symboliques. Elle espère ainsi donner une voix à ceux que les cartes officielles ignorent. « Chaque point sur une carte est une histoire », conclut-elle.



