Bénin : Romuald Wadagni élu président avec 94% des voix, un scrutin calme mais une participation mitigée
L'information est tombée moins de trente-deux heures après la fermeture des bureaux de vote. Avec 94% des suffrages exprimés, Romuald Wadagni devient, à 49 ans, le nouveau président élu du Bénin. Quelques heures auparavant, son unique opposant, Paul Hounkpè, avait reconnu sa défaite par voie de communiqué officiel.
Après une campagne électorale marquée par la supériorité des moyens et des actions de Romuald Wadagni, 58,75% des 7,9 millions d'électeurs inscrits se sont rendus aux urnes, selon les chiffres provisoires de la Commission électorale nationale autonome (Cena).
Un scrutin calme et une participation contrastée
Dimanche matin, dans les rues du centre de Cotonou, le silence électoral observé la veille semblait s'être prolongé. Habituellement assailli par les véhicules reliant le grand marché Dantokpa, le boulevard Saint-Michel est demeuré quasi-désert. À quelques encablures, l'école maternelle de Gbéto, transformée en bureau de vote, a connu une affluence pour le moins timide.
Ouverts de 7 heures à 16 heures, les six postes de 535 électeurs chacun affichaient, à midi, une moyenne oscillant entre 40 et 60 bulletins déposés. Même constat à 13h40 dans une autre école proche de la grande mosquée de Zongo. Sur 506 votants attendus au poste n°2, seule une trentaine s'était déplacée à moins de trois heures de la clôture.
En revanche, du côté de Fidjrossè, un quartier de Cotonou qui jouxte la plage, la mobilisation semblait plus forte. Lors du dépouillement, au collège Fiyegnon, le nom de Wadagni a écrasé celui de son adversaire sous le regard attentif d'observateurs et d'enfants du quartier. Dans cet établissement scolaire, un peu moins de la moitié des inscrits ont répondu présent dimanche.
Le taux de participation national augmente pourtant de 8 points de pourcentage par rapport à la dernière présidentielle. Selon l'équipe de campagne de M. Wadagni, le corps électoral se serait davantage mobilisé en dehors des grands centres urbains. La participation marque également une hausse sensible par rapport au double scrutin législatif et municipal de janvier 2026, lors duquel 37% des votants s'étaient manifestés.
Un jour de vote sans incident majeur
Tôt dans la matinée du 14 avril, la plateforme des organisations de la société civile a salué un jour de vote sans « aucune manifestation publique ». Pour rappel, la réélection de Patrice Talon en 2021 avait été précédée de tensions à l'origine d'au moins cinq décès. Pour autant, la plateforme note certains incidents électoraux apparentés à des « tentatives et actes de bourrages d'urnes ».
Quelle continuité pour ce dauphin ?
Depuis son adoubement par la majorité présidentielle, fin août 2025, la succession de Romuald Wadagni semblait cousue de fil blanc. Ministre de l'Économie et des Finances du premier au dernier jour de la décennie Talon, l'heureux élu est un fidèle parmi les fidèles. Né en 1976 à Lokossa, dans le Sud-Ouest du Bénin, il a parfait son cursus économique à Grenoble, en France, avant d'intégrer le cabinet de conseil Deloitte.
De simple auditeur aux États-Unis, la firme l'a propulsé, quinze ans plus tard, au poste de directeur général en République démocratique du Congo. De quoi attirer le regard d'un certain Patrice Talon qui l'a débauché pour lui confier les rênes de l'économie béninoise en 2016 – année de son accession au pouvoir.
Sur le plan macroéconomique, le bilan de ce ministre jusqu'alors discret plaide en sa faveur. Outre la récession due au Covid-19, la croissance économique s'est maintenue à un niveau élevé, frisant régulièrement les 7% sur les dix dernières années. En outre, la collecte des recettes fiscales a plus que doublé avec 3,6 milliards d'euros en 2025.
Constat similaire pour le budget. Depuis 2016, celui-ci a explosé pour financer les infrastructures publiques et le développement du pays, atteignant une enveloppe de 5,6 milliards d'euros pour cette année 2026. Mécaniquement, le taux d'endettement a augmenté de 9,5 points de pourcentage en l'espace de deux mandats (51,5% en 2025). De fait, la politique de Romuald Wadagni a privilégié les emprunts extérieurs (76% de la dette) tout en restant loin du seuil critique fixé par l'Union économique et monétaire ouest-africaine.
Mais ces indicateurs reluisants se heurtent à la pauvreté persistante de 31% des 15 millions de Béninois – dont la moitié est en situation d'extrême pauvreté, selon la Banque mondiale. Durant sa campagne, le candidat élu a d'ailleurs insisté sur l'éradication de cette précarité du quotidien avec des mesures sociales fortes : prise en charge des urgences médicales avant règlement des frais, création d'une plateforme nationale de prestations sociales pour les ménages, gratuité de l'enseignement secondaire pour les filles, rénovation de mille quartiers « vulnérables »… Ces promesses, nombreuses, tranchent parfois avec le pragmatisme de l'homme d'affaires devenu président, Patrice Talon.
Un nouveau style politique en perspective
Côté politique interne, « Wadagni a compris qu'un verrouillage trop strict de la vie politique pouvait mener à des situations comme la tentative de putsch du 7 décembre », analyse une source institutionnelle. Car la vie démocratique du Bénin s'est quelque peu raidie ces dernières années.
« Après dix ans de progrès, monsieur Wadagni bénéficiera d'un certain matelas de sécurité. À la différence du président Talon qui avait le souci de l'urgence, ce dernier pourrait davantage se donner le temps de la discussion, de la négociation sur certains sujets », estime pour sa part Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole et secrétaire général adjoint du gouvernement.
Une propension à la diplomatie qui pourrait se révéler utile pour calmer les tensions régionales et lutter plus efficacement contre les groupes armés djihadistes qui sévissent au Nord du pays.
Toujours est-il que ce personnage sans étiquette doit sa victoire aux deux blocs présidentiels acquis à Patrice Talon. En coulisses, les observateurs interrogent donc sa capacité réelle à créer de la rupture avec le futur ancien locataire du palais de la Marina. D'autant plus que la colistière de Romuald Wadagni, Mariam Chabi Talata, assurera la vice-présidence du pays – fonction qu'elle occupait déjà depuis 2021 aux côtés de M. Talon.
« Malgré le respect qu'il porte à ses mentors, il n'est pas du genre à être un dauphin docile. Il ne se laissera pas dicter un agenda », présage l'une de ses connaissances. Passée l'investiture officielle, le 23 mai prochain, le président Wadagni disposera de sept ans pour le prouver.



