Chute des arrivées de migrants en Méditerranée : les politiques portent leurs fruits
Baisse des migrants en Méditerranée : efficacité des politiques

Si cela continue, certains populistes vont se retrouver à court d’arguments rationnels. Vagues statistiques après vagues chiffrées, on constate une baisse significative des arrivées de migrants illégaux sur le sol de l’Union européenne par la mer Méditerranée. Le phénomène est continu depuis 2023 et décélère fortement depuis 2025, année où les venues chutaient de 35 %, soit près de 60 000 entrées illégales en moins par rapport à 2024.

Des chiffres en net recul

Selon l’agence Frontex, la vigie des frontières sur ce sujet et dont le budget ne cesse d’augmenter, les arrivées par la route centrale de la Méditerranée fléchissent de 33 % et de 34 % pour l’est méditerranéen. Les migrants sont 20 619 à être parvenus dans l’UE via la mer du 1er janvier au 30 avril 2026. Le nombre de morts et disparus est, lui, en hausse – 1 338 à ces jours ont péri dans la Méditerranée ou sont portés disparus (2 144 morts en 2025).

Le résultat de politiques coordonnées

Les politiques mises en place par la Commission européenne, les accords noués avec certains pays d’Afrique du Nord, moyennant des centaines de millions d’euros accordés aux garde-côtes ainsi qu’en aide au développement, semblent offrir des résultats aux dirigeants à la manœuvre. Cependant, les partis anti-immigration ne faiblissent pas dans les sondages.

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En Italie, la candidate Giorgia Meloni avait promis durant la campagne des élections législatives 2022 d’utiliser « tous les moyens » pour lutter contre le phénomène, allant jusqu’à évoquer un improbable « blocus naval » et la création d’une « mission militaire européenne ». Les rodomontades ont cédé la place à une bonne vieille diplomatie bilatérale avec Tunis, Tripoli, Le Caire…

Par sa position géographique, l’Italie a toujours été très exposée à la migration illégale. L’île de Lampedusa, une poussière italienne à deux jours de barque des côtes tunisiennes et libyennes, a régulièrement enregistré des affluences supérieures à sa population locale (6 000 habitants). Rome s’est souvent retrouvée seule face à cet afflux au point que Silvio Berlusconi, lorsqu’il était Premier ministre, avait menacé de régulariser tous les migrants afin qu’ils puissent s’éparpiller dans l’espace Schengen, c’est-à-dire toute l’Europe. Le chantage avait été efficace, les pays s’étaient bon gré mal gré réparti les dizaines de milliers de clandestins.

Depuis qu’elle dirige le gouvernement, Giorgia Meloni n’a pas ménagé ses efforts, multipliant les voyages en Tunisie, Libye, Égypte, proposant un plan Mattei (doté de cinq milliards d’euros) pour aider au développement des économies africaines. Pragmatique, ne parlant ni droits de l’homme ni démocratie, elle tient un langage perceptible pour les capitales du Maghreb.

Quelles leçons en tirer ?

Un revers et une énigme : le pays demeure en tête des arrivées d’illégaux (8 700 depuis début 2026 contre 5 800 en Espagne) ; Rome a légalisé plus de 800 000 migrants en deux vagues depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, décisions prises sous la pression du patronat italien, notamment la très puissante Confindustria, qui regroupe plus de 150 000 entreprises industrielles. La natalité est en berne et la main-d’œuvre se fait rare dans une série de secteurs. Les prochaines élections législatives, prévues en 2027, permettront d’obtenir une photographie exacte de ce que pensent les Italiens de l’action Meloni sur ce sujet.

La dynamique prouve que les politiques mises en œuvre par les institutions européennes et certains États membres fonctionnent. Cela prouve que les États d’Afrique du Nord ont accepté d’être le gardien des frontières de l’Europe. Certains, comme la Tunisie et l’Algérie, se distinguent par un discours hostile et des actions brutales envers les Subsahariens entrés illégalement sur leurs sols. La Libye, pays qui compte deux gouvernances (Tripoli et l’est du pays), demeure une terre d’aboutissement pour les routes migratoires du Sahel.

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La Libye est à la fois la promesse d’un emploi temporaire, payé correctement et qui permettra au migrant de payer le passeur, mais le pays peut être également un enfer lorsqu’on tombe dans les mains de certains réseaux. Le trafic d’humains est une des activités des mafias/milices qui quadrillent une partie du territoire libyen.

Preuve que le dossier de la migration illégale tracasse moins les partis qui en ont fait leurs fonds de commerce, c’est désormais le sujet de l’immigration de travail qui fait surface dans le débat public de François Ruffin, probable candidat de gauche à la présidentielle, à Jordan Bardella, actuel favori dans les sondages. Les deux extrêmes estiment qu’il faut privilégier les nationaux pour les emplois vacants.