Une promesse électorale contredite par la recherche
À l'approche des élections municipales dans de nombreuses villes françaises, plusieurs candidats proposent de faciliter le retour de la voiture dans les centres-villes, présentant cette mesure comme une solution miracle pour lutter contre la vacance commerciale. Cette idée séduisante sur le plan politique se heurte pourtant à une réalité scientifique bien documentée.
Des études concordantes et impartiales
De nombreuses recherches menées en France et dans d'autres pays européens, par des organismes divers et indépendants, convergent vers la même conclusion : le retour de la voiture ne constitue pas une réponse efficace aux difficultés des commerces de centre-ville. Parmi ces institutions figurent des agences publiques comme le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement ou l'Agence de la transition écologique, mais aussi des laboratoires universitaires, des agences d'urbanisme et des bureaux d'études privés.
La réalité des habitudes de consommation
Les études révèlent que la majorité des clients des commerces de centre-ville résident à proximité et privilégient donc la marche, le vélo ou les transports en commun pour leurs achats. Contrairement aux idées reçues, l'automobile ne représente qu'une part minoritaire des déplacements commerciaux. Un décalage significatif existe entre cette réalité et la perception des commerçants, qui surestiment systématiquement la proportion de clients automobilistes.
À Nancy, par exemple, une étude réalisée par l'agence Scalen en 2021 a montré que les commerçants estimaient à 77% la part de leurs clients venant en voiture, alors que cette proportion ne s'élève en réalité qu'à 35%.
Les piétons : des clients précieux et fidèles
Les piétons constituent une clientèle particulièrement intéressante pour les commerces de proximité :
- Ils font preuve d'une grande fidélité aux enseignes
- Leur fréquence de visite est trois fois supérieure à celle des automobilistes
- Sur une période donnée (un mois ou une année), leurs dépenses totales dépassent celles des clients venant en voiture
Cette réalité s'explique par des comportements d'achat différents : si les automobilistes dépensent généralement plus par visite, leur mobilité accrue les incite à fréquenter davantage les centres commerciaux périphériques, au détriment des commerces de centre-ville.
Les préférences des consommateurs
La majorité des clients apprécient les centres-villes apaisés, où la circulation automobile est modérée. Ils valorisent la possibilité de flâner librement dans des rues historiques calmes, de regarder les vitrines en famille, et de profiter d'un cadre de vie agréable. Paradoxalement, beaucoup de commerçants continuent de croire à la nécessité d'améliorer la circulation et le stationnement automobile, alors que ces aménagements contribuent souvent à dégrader l'environnement urbain.
Un slogan dépassé
Le célèbre slogan « No parking, no business » (« pas de stationnement, pas de commerce »), inventé dans les années 1950 aux États-Unis dans un contexte urbain radicalement différent, continue d'influencer certaines perceptions. Pourtant, les données actuelles démontrent que cette formule ne correspond plus à la réalité des comportements d'achat dans les centres-villes européens.
Les études scientifiques s'accordent ainsi sur un point essentiel : plutôt que de faciliter le retour de la voiture, les politiques urbaines gagneraient à renforcer les modes de déplacement doux et à améliorer l'attractivité des centres-villes comme espaces de vie et de consommation apaisés.



