Bordeaux face au risque de crue : des digues rénovées pour un avenir incertain
Bordeaux : rénovation des digues face aux crues futures

Bordeaux se prépare à des crues historiques malgré des débordements limités

Ce mardi 17 février, Bordeaux connaît de faibles débordements de la Garonne, mais cela ne préjuge pas de l'avenir. En 2022, la Métropole a lancé une rénovation complète des digues pour se préparer à une crue d'une ampleur jamais vue. Les inondations dévastatrices du Sud-Gironde se traduiront en débordements mineurs à Bordeaux cette fois-ci. Lundi 16 février, Vigicrues maintenait une vigilance orange prudente, indiquant que la Garonne devrait rester calme. Cependant, rien n'est jamais certain en matière de crue. Comme d'autres villes fluviales, la capitale girondine fait face à une multiplication d'événements climatiques plus intenses.

Un projet colossal pour protéger la métropole

Bordeaux métropole anticipe déjà une inondation sans précédent. « On s'y prépare, confirme Alexandre Rubio, élu délégué au risque inondation. Rien n'est sûr, rien n'est parfait, mais on avance. » L'enjeu est à la mesure du risque : 80 000 habitants potentiellement exposés et un tiers du territoire métropolitain. Depuis les années 1960, les deux rives sont protégées par 80 kilomètres de digues. Leur hauteur est calculée sur la base de la crue de 1999, augmentée de 20 centimètres de surcôte, un événement de référence pour tous les scénarios de protection.

En 1999, les tempêtes Lothar et Martin avaient fait grimper la Garonne à 7,05 mètres au pont de Pierre, le niveau le plus haut jamais enregistré. Des digues avaient rompu à Blanquefort, Latresne et Parempuyre, tandis qu'à Bègles, l'eau s'était engouffrée le long des boulevards. Vingt-trois ans plus tard, en 2022, la Métropole a entrepris une rénovation totale des digues, sous le contrôle de l'État. « Pour écarter le risque de voir des clapets dysfonctionner, voire des ouvrages céder comme c'est arrivé dans le sud du département », explique Alexandre Rubio.

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Des investissements massifs et des défis logistiques

Le chantier est colossal, avec des coûts qui flambent : 4,5 millions d'euros pour 400 mètres de digue le long du quai Wilson à Bègles, achevés en septembre, et 2,8 millions pour consolider en urgence 200 mètres à Floirac. Au total, les 3,6 kilomètres d'ouvrages du sud de la rive droite absorberont plus de 40 millions d'euros d'ici 2030. Sur la presqu'île d'Ambès, 35 millions d'euros sont prévus pour rénover 32 kilomètres de linéaire à partir du second semestre 2026.

« On les consolide pour les rendre résistantes à des événements plus puissants. Cela signifie que l'on se prépare, le cas échéant, à pouvoir les surélever. » Les digues sont élargies par endroits, mais chaque situation est pesée avec soin. « Empêcher l'eau d'arriver quelque part signifie l'envoyer ailleurs », résume Alexandre Rubio. Des modèles informatiques et les enseignements du passé guident ces décisions dans un subtil jeu d'équilibre.

Des obstacles et des questions pour l'avenir

La complexité du projet est incompatible avec l'urgence. Le temps de surmonter les obstacles, certaines protections restent fragiles. « Pour être transparent, sans vouloir inquiéter non plus, nos équipes sont en lien permanent avec l'ensemble des systèmes d'alerte pour assurer la protection des personnes et des biens », rassure Alexandre Rubio. Les chantiers doivent aussi composer avec l'opposition de riverains, souvent peu conscients du risque à long terme.

Comme le recul du trait de côte sur le littoral, le risque inondation pose la question de l'urbanisation des berges. « Pourra-t-on éternellement refaire des digues ? Les rehausser parce que la pluviométrie s'intensifie ? Faut-il vivre au premier avec des rez-de-chaussée qui laissent passer les eaux ? », s'interroge Alexandre Rubio. « Il serait présomptueux de répondre. Mais il faudra se poser ces questions. » Avec humilité, car face à la crue, c'est préférable.

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Depuis dimanche, les agents de la Métropole se tiennent prêts à barrer des routes ou alerter les populations. À l'arrivée de débits importants s'ajoutera, dès mardi matin, une hausse sensible des coefficients de marée, culminant en fin de semaine. Avec le vent, la pluie et la pression atmosphérique, les surcôtes peuvent dépasser les prévisions. Vigicrues anticipe de « faibles débordements », susceptibles de toucher la rive gauche au niveau du pont Chaban ou la presqu'île d'Ambès.