Mémoires et partages veut renflouer l'épave du paquebot L'Afrique, le Titanic français de 1920
Renflouement de l'épave du Titanic français de 1920

Mémoires et partages ambitionne de renflouer l'épave du paquebot L'Afrique, le Titanic français de 1920

L'association bordelaise Mémoires et partages lance un appel vibrant pour ramener à la surface l'épave du paquebot L'Afrique, disparu dans une tempête le 12 janvier 1920. Cette initiative vise à raviver la mémoire de la plus grande catastrophe maritime française, qui a causé la mort de 568 personnes, parmi lesquelles 192 tirailleurs africains. Karfa Diallo, président de l'association, déclare : « L'objet lutte contre l'oubli », soulignant l'importance de ne pas laisser cette histoire sombrer dans l'océan de l'indifférence.

Une tragédie coloniale méconnue

Le paquebot de 120 mètres, appartenant à la Compagnie française des chargeurs réunis, avait quitté Bordeaux pour Dakar le 9 janvier 1920. À son bord, une micro-société coloniale comprenait des hommes d'affaires, des familles, 18 missionnaires, et surtout 192 tirailleurs africains qui rentraient chez eux après avoir servi la France durant la Première Guerre mondiale. Karfa Diallo explique : « Ils ont disparu comme ça. Sans autre forme de reconnaissance. Leurs familles n'ont probablement jamais eu de nouvelles. Beaucoup ont dû penser leur parent mort à la guerre. » Depuis près de dix ans, il se bat pour leur obtenir la mention honorifique « mort pour la France », qualifiant cette démarche de question de justice sociale et de réparation historique.

Le naufrage et les avaries en série

Peu après avoir franchi l'embouchure de la Garonne, L'Afrique fut pris dans une violente tempête. Une des deux machines à vapeur tomba en panne, obligeant le capitaine Le Dû à se dérouter vers La Rochelle. En approchant de la côte, la houle poussa le navire sur un bateau-feu, provoquant une voie d'eau dans la cale. À 3 heures du matin, le capitaine lança un dernier SOS : « Je sombre. Suis exactement entre les roches des Barges, le banc de Rochebonne et les Baleines à la pointe de l'île de Ré. » Le navire repose toujours par 45 mètres de fond, à environ 25 milles de l'île d'Yeu, un siècle après le drame.

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Un projet de mémorial soutenu par des historiens et députés

Mémoires et partages, qui promeut la mémoire de la colonisation, de l'esclavage et du racisme, ambitionne d'édifier un mémorial avec des vestiges de l'épave, « dans une ville du littoral qui accepterait de l'accueillir ». L'association est en discussion avec l'association Nord Gascogne épaves subaquatiques pour évaluer ce qui pourrait être récupérable. Le projet bénéficie déjà du soutien d'historiens spécialistes de l'empire colonial français, comme Martin Moure et Pascal Blanchard, ainsi que de députés girondins tels que Loïc Prud'homme (La France insoumise) et Nicolas Thierry (Les Écologistes). Le député sénégalais Abdou Sonko porte également l'idée de l'autre côté de la Méditerranée. Karfa Diallo espère que ces appuis permettront de toucher un public plus large et de trouver des mécènes pour financer l'opération, dont le coût n'a pas encore été chiffré mais s'annonce élevé.

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