Un « minifoie » 3D révolutionne l'évaluation des dangers chimiques dans l'alimentation
Un « minifoie » 3D pour tester les dangers chimiques alimentaires

Une avancée majeure en toxicologie alimentaire

Une équipe de chercheurs de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), dirigée par le toxicologue Marc Audebert, a réalisé une percée scientifique significative. Ils ont conçu et fabriqué un sphéroïde tridimensionnel composé de cellules de foie humain, qu'ils désignent sous le nom évocateur de « minifoie ». Cette structure innovante permet d'évaluer de manière simultanée plusieurs dangers chimiques potentiels présents dans les aliments.

Des tests plus complets et robustes

Ce « minifoie » en 3D offre la capacité unique de détecter et d'analyser divers mécanismes de toxicité sur un même échantillon cellulaire. Parmi les risques évalués figurent la génotoxicité, qui correspond aux substances susceptibles d'endommager l'ADN, le stress oxydatif, pouvant perturber gravement le fonctionnement cellulaire, et la stéatose, caractérisée par un excès anormal de graisse dans les cellules. Les résultats obtenus, bien que provenant d'un échantillon cellulaire limité, constituent une preuve de concept particulièrement innovante et prometteuse.

Cette approche tridimensionnelle se révèle nettement plus robuste et complète que les méthodes traditionnelles de culture cellulaire in vitro en deux dimensions. Mathieu Vinken, professeur en toxicologie hépatique à la Vrije Universiteit Brussel en Belgique, a salué cette recherche, la qualifiant de « travail de grande qualité et dont le besoin se fait urgemment sentir » dans le domaine scientifique.

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Une réponse à un constat alarmant

Cette recherche pionnière s'inscrit pleinement dans le cadre du programme européen PARC (Partenariat pour l'évaluation des risques liés aux produits chimiques). Lancé en 2022, ce programme ambitieux répond à une observation préoccupante : en Europe, seulement 7 % des substances chimiques présentes dans notre environnement et notre alimentation ont fait l'objet d'études approfondies concernant leur potentiel cancérogène, comme le précise Marc Audebert. Ce déficit de connaissances représente un enjeu majeur de santé publique.

La solution tridimensionnelle développée par l'équipe française, dont les détails ont été publiés dans le Nam Journal, permet de détecter simultanément deux biomarqueurs clés. « Ces biomarqueurs, que j'étudie depuis près de vingt ans, caractérisent des mécanismes précis de toxicité », explique Marc Audebert, directeur de recherche à l'Inrae. Il détaille : « Le biomarqueur γH2AX identifie spécifiquement les dommages causés à l'ADN, tandis que le pH3 caractérise les anomalies survenant lors du dédoublement cellulaire, anomalies qui peuvent provoquer l'apparition d'un nombre de chromosomes anormal, un phénomène souvent lié au développement de pathologies. »

Un programme européen d'envergure

Le programme PARC, doté d'un budget substantiel de 400 millions d'euros sur une période de sept ans, fédère près de 200 instituts de recherche à travers l'Europe. Il est piloté conjointement par la France et l'Allemagne. La coordination française est assurée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), tandis que la coordination allemande est confiée à son homologue, le Bundesinstitut für Risikobewertung (BfR). Cette collaboration transnationale souligne l'importance et l'urgence accordées à l'amélioration de l'évaluation des risques chimiques pour protéger la santé des consommateurs et l'environnement.

Le développement de ce « minifoie » en 3D représente donc une étape cruciale vers des méthodes de test plus fiables, rapides et éthiques, réduisant potentiellement le recours aux tests sur animaux. Il ouvre la voie à une évaluation plus exhaustive et précoce des dangers liés aux milliers de substances chimiques auxquelles les populations sont exposées quotidiennement par le biais de l'alimentation.

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