Sciences participatives : comment les citoyens deviennent acteurs de la recherche
Sciences participatives : les citoyens acteurs de la recherche

Sciences participatives : quand les citoyens deviennent chercheurs

Et si vos promenades dominicales et vos trajets quotidiens pouvaient servir la science ? Loin des laboratoires et du jargon complexe, la recherche scientifique s'ouvre de plus en plus au grand public. Compter les oiseaux, identifier des espèces marines, photographier les insectes pollinisateurs : bienvenue dans l'univers passionnant des sciences participatives, où chaque citoyen peut devenir un allié précieux pour les scientifiques.

Un maillage territorial unique

« L'engagement citoyen apporte un maillage territorial qu'on ne peut pas avoir avec la recherche publique, ainsi qu'une profondeur temporelle, sur des dizaines d'années », explique Gilles Bloch, président du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN). Cette institution historique est devenue un acteur majeur des sciences participatives avec une quarantaine de programmes coordonnés par son portail Vigie-Nature, en partenariat avec l'Office français de la biodiversité (OFB).

Les sciences participatives sont « inscrites dans les gènes de l'histoire naturelle » et connaissent une évolution constante. Si certains programmes comme le « suivi temporel des oiseaux communs » lancé en 1989 sont toujours actifs, le MNHN ne cesse d'enrichir son offre. Le dernier-né de cette famille : « Bugs Matter » (les insectes, ça compte), lancé ce lundi par le Muséum.

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Compter les insectes écrasés

L'objectif de ce nouveau programme est aussi simple qu'innovant : mesurer l'abondance des populations d'insectes à partir des traces laissées par leurs impacts sur les plaques d'immatriculation. « On a des programmes dans lesquels on demande aux gens d'observer des espèces particulières, mais on manque d'informations sur ce qui se passe d'une manière générale, alors qu'on a des signes alarmants sur l'état de santé des populations d'insectes », décrit Grégoire Loïs, codirecteur de Vigie-Nature et responsable de « Bugs Matter ».

Le dispositif est accessible à tous :

  • Télécharger l'application « Bugs Matter, les insectes, ça compte »
  • Nettoyer sa plaque d'immatriculation et la photographier
  • Lancer l'application et effectuer son trajet
  • Reprendre une photo de la plaque à l'arrivée

Une intelligence artificielle se charge ensuite d'estimer le nombre d'insectes écrasés. « L'idée est que le plus grand nombre participe », encourage Grégoire Loïs. Les scientifiques disposeront ainsi de données précieuses sur les milieux parcourus, permettant d'étudier l'évolution de la biomasse d'insectes selon la date, l'heure, les habitats et les régions.

Espions des océans

L'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) développe également des programmes participatifs ambitieux comme « Espions des océans ». Cette fois, le public est invité à analyser des images collectées par les scientifiques. « On demande aux gens de trouver les espèces présentes dessus, ce qui nous permet d'accélérer l'analyse d'un très grand nombre de photos et de constituer des bases de données qui vont nous permettre d'entraîner l'IA », explique Catherine Borremans, coordinatrice du portail.

Le processus est simple :

  1. Se connecter au site « Espions des océans »
  2. Sélectionner l'environnement marin à analyser (récifs profonds, côtes, sources hydrothermales...)
  3. Utiliser les exemples et outils disponibles pour identifier les espèces

« On ne fait pas annoter des choses trop compliquées et chaque image est notée plusieurs fois, donc il ne faut pas avoir peur de se tromper ! » rassure la biologiste marine. Environ 4.500 personnes ont déjà participé à cette expérience qui célèbre cette année son dixième anniversaire.

Des citoyens passionnés

Les chiffres témoignent de l'engouement pour ces initiatives. Au MNHN, le programme d'observation des papillons et bourdons dans les jardins a recueilli plus de 225.000 participations en près de vingt ans. Les participants s'impliquent souvent bien au-delà des attentes.

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Didier Thevenin, 69 ans, participe depuis 2018 au programme Spipoll qui étudie les insectes pollinisateurs à travers des photos prises par les citoyens. « J'espère que ça contribuera à de vraies politiques de protection des espaces et des insectes », explique ce retraité de l'immobilier. Passionné de photographie, il trouve les insectes « toujours photogéniques » et s'est véritablement « pris au jeu ». Il se connecte quotidiennement pour valider des observations et sort photographier dès que le temps le permet.

Des bénéfices multiples

Au-delà de la collecte de données, les sciences participatives poursuivent d'autres objectifs importants. « Pousser les gens à aller passer du temps dehors et se reconnecter à la nature », souligne Gilles Bloch. Catherine Borremans ajoute que ces programmes constituent « un bon outil de sensibilisation » permettant de découvrir « des endroits auxquels les gens n'auront jamais accès ».

Faire participer le public permet également « de lui faire comprendre ce qu'est une méthode scientifique et comment fonctionne la science », insiste le président du MNHN. Les outils numériques ont considérablement facilité le développement de ces programmes, particulièrement auprès des jeunes générations. « Tout ça nous donne une puissance nouvelle et absolument enthousiasmante », se réjouit Gilles Bloch.

De nombreux instituts proposent aujourd'hui des programmes de sciences participatives accessibles à tous. Le portail Science ensemble et les sites des différentes organisations scientifiques recensent ces initiatives qui transforment chaque citoyen en chercheur en herbe. Alors que l'urgence environnementale s'accentue, ces collaborations entre scientifiques et grand public pourraient bien représenter l'avenir de la recherche sur la biodiversité.