Un chercheur bordelais primé pour ses travaux sur nutrition et cerveau
Jean-Christophe Delpech, chercheur en neurosciences au laboratoire Nutrineuro de l'Inrae sur le Neurocampus de Bordeaux, vient de recevoir le prestigieux prix Desmarest. Cette distinction récompense ses recherches approfondies sur les liens complexes entre la nutrition et le vieillissement du cerveau, un domaine scientifique en plein essor.
Comprendre le déclin cognitif naturel
« Où ai-je mis mes clés ? Comment s'appelle ce chanteur des années 80 ? Quel était le titre de ce film vu l'été dernier ? » Ces oublis quotidiens, qui nous affectent tous avec l'âge, constituent le cœur des recherches de Jean-Christophe Delpech. Le neuroscientifique s'intéresse particulièrement au vieillissement cognitif naturel, distinct des maladies neurodégénératives comme Alzheimer.
Alors que 57 millions de personnes sont touchées par la démence dans le monde, un chiffre qui pourrait tripler d'ici 2050, le chercheur bordelais a choisi de se concentrer sur le processus normal de vieillissement cérébral. Sa question fondamentale : pourquoi certaines personnes présentent-elles une perte de mémoire plus précoce que d'autres ?
Le projet Beacon et les vésicules extracellulaires
Le projet Beacon, mené par Jean-Christophe Delpech et son équipe, explore une piste innovante : les vésicules extracellulaires. Ces minuscules bulles libérées par nos cellules, circulant dans le sang, pourraient être les messagères secrètes de notre santé cérébrale.
« J'ai focalisé mes travaux autour de ces vésicules extracellulaires, car elles contiennent des informations qui permettent de modifier le fonctionnement des cellules », explique le chercheur. « Elles sont comme un miroir de l'état de nos cellules. Notre innovation consiste à analyser leur contenu pour découvrir les marqueurs de dysfonctionnements, surtout les déficits cognitifs accélérés. »
Un parcours scientifique international
Après une thèse à l'Université de Bordeaux, Jean-Christophe Delpech a poursuivi ses recherches aux États-Unis durant sept années. Il a travaillé à l'université de Yale en postdoctorat en psychiatrie, à la Harvard Medical School en médecine néonatale, puis à l'université de Boston en pharmacologie et thérapies expérimentales. De retour à l'université de Bordeaux en 2020, il consacre depuis cinq ans ses recherches au lien entre déterminants nutritionnels et déclin cognitif.
Vers un test sanguin prédictif
L'ambition de l'équipe Beacon est de développer un test sanguin permettant d'identifier les personnes les plus à risque de déclin cognitif précoce. « Dans le futur, notre objectif serait d'évaluer par test sanguin le risque de déclin prématuré, comme on le fait pour le cholestérol par exemple », détaille le neuroscientifique.
Les chercheurs utilisent actuellement le modèle animal, avec des rats de laboratoire, pour suivre l'évolution des vésicules et des capacités cognitives sur plusieurs mois. Ils comparent les performances des rats performants ou vulnérables afin d'identifier des marqueurs prédictifs.
Essais cliniques en Nouvelle-Aquitaine
Des essais cliniques ont déjà débuté auprès d'une cohorte de seniors dans la région Nouvelle-Aquitaine. Ces participants bénéficient de compléments alimentaires à base d'Omega 3 et de vitamine A. « Déjà les premières analyses montrent bien que l'approche nutritionnelle a un impact sur la mémoire », commente Jean-Christophe Delpech. « Pour la plupart elle est améliorée, mais nous avons remarqué que certaines personnes, avec les mêmes suppléments nutritionnels, répondent mieux que d'autres. »
Une approche de nutrition de précision
Le chercheur parle désormais de « nutrition de précision », cherchant à comprendre pourquoi certains individus répondent mieux que d'autres aux mêmes interventions nutritionnelles. Cette approche personnalisée pourrait révolutionner la prévention du déclin cognitif.
Un soutien financier significatif
L'importance de ces recherches est reconnue à plusieurs niveaux. La région Nouvelle-Aquitaine apporte un soutien financier solide à l'équipe Beacon. Par ailleurs, la Fondation Pierre Deniker a remis le 22 janvier à Paris le Prix Desmarest à Jean-Christophe Delpech, soit une bourse de recherche de 100 000 euros.
« Cette bourse va nous permettre d'aller au bout de nos investigations, c'est un atout formidable pour l'équipe », se félicite le chercheur. « L'ambition est de développer un test sanguin qui permette d'identifier les personnes les plus à risque, de comprendre pourquoi certains cerveaux sont plus résistants que d'autres, et d'explorer de nouvelles pistes thérapeutiques. »
Enjeux sociétaux et économiques
Vieillir plus longtemps en bonne santé et autonome constitue un enjeu majeur, non seulement sanitaire mais également sociétal et économique. L'équipe Beacon affirme que comprendre le rôle des vésicules extracellulaires dans le cerveau pourrait bouleverser notre vision du vieillissement et des maladies mentales.
Les travaux de Jean-Christophe Delpech et de son équipe pourraient ainsi ouvrir la voie à une détection précoce du déclin cognitif et à des stratégies préventives personnalisées, permettant de préserver les capacités cognitives le plus longtemps possible.



