Le retour de Pluton comme planète : une revendication politique plus que scientifique
« Make Pluto great again. » Cette déclaration de Jared Isaacman, l'administrateur de la NASA, reprenant le slogan de campagne de Donald Trump, n'est pas anodine. Dans une interview accordée au Daily Mail la semaine dernière, il a affirmé « soutenir à 100 % » une action du président américain visant à redonner à Pluton son statut de planète, perdu en 2006. Depuis deux décennies, l'ancienne neuvième planète du système solaire est officiellement classée comme planète naine par l'Union astronomique internationale (IAU), l'organisation responsable de la dénomination des corps célestes.
Un consensus scientifique solide
Mais cette planète pourrait-elle réellement changer à nouveau de statut ? « Il n'y aura pas de nouveau vote car il existe un consensus très large dans la sphère scientifique », affirme avec fermeté Alain Doressoundiram, astrophysicien et directeur adjoint du Laboratoire d'instrumentation et de recherche en astrophysique de l'Observatoire de Paris. Il précise que « ce n'est pas à Donald Trump, ni à un organisme comme la NASA, de décider ». La dénomination des objets célestes « ne relève pas d'une décision politique mais de l'Union astronomique internationale », rappelle ce spécialiste des planètes.
Une définition scientifique précise
C'est cette organisation internationale, qui rassemble des astronomes du monde entier, qui avait décidé en 2006 de réviser la définition d'une planète. Depuis cette date, un objet céleste doit remplir trois critères pour prétendre à cette qualification :
- Tourner autour du Soleil
- Avoir une gravité suffisante pour lui donner une forme sphérique
- Avoir nettoyé son orbite, c'est-à-dire « être dominant dans son environnement d'un point de vue gravitationnel »
Alain Doressoundiram explique que Pluton ne remplit pas ce dernier critère : « Il y a des objets aussi gros que lui sur la même orbite, il n'est qu'un objet parmi des milliards. »
Une évolution naturelle de la science
Le changement de définition a donc conduit l'IAU à reclasser Pluton dans la catégorie des planètes naines. Cette nouvelle qualification reflète notre meilleure compréhension de ce que sont les planètes et de leur formation. « On s'était trompés et parce qu'on a avancé dans les connaissances, on a découvert de nouveaux objets aux mêmes caractéristiques que Pluton, et il a donc fallu modifier cette définition », rapporte l'astrophysicien, écartant toute « lubie d'astronomes ».
Il s'agit d'un processus habituel en science : « La science n'est pas figée, on a maintes fois changé d'avis sur le nombre de planètes en fonction des définitions qu'on leur a données », met en perspective Alain Doressoundiram. La définition actuelle pourrait encore évoluer, « mais il faudra des preuves tangibles et des considérations nouvelles », insiste-t-il.
Des oppositions minoritaires
Ces changements ne se font pas toujours sans difficultés. En 2006, le débat à l'IAU, auquel a assisté Alain Doressoundiram, a été « plutôt houleux ». Les plus réfractaires au reclassement de Pluton étaient les Américains impliqués dans la mission New Horizons, une sonde partie explorer la planète et son système début 2006. « Ils ont défendu bec et ongles le statut de Pluton parce qu'aller voir moins qu'une planète, ce n'était pas politiquement tenable au vu du coût de la mission », explique l'astrophysicien.
Ces oppositions étaient cependant minoritaires et la nouvelle qualification a été adoptée à la quasi-unanimité. Aujourd'hui, le peu de controverse sur le sujet est surtout un phénomène médiatique et très anecdotique.
Des personnalités médiatiques s'en mêlent
Quelques personnalités ont cependant mis le sujet sur la table. En mai 2025, l'acteur William Shatner, le célèbre capitaine Kirk de la série Star Trek, avait interpellé l'IAU – qu'il a qualifiée de « bande de nerds en plein trip de puissance » – et prié Donald Trump de faire de Pluton une planète et de « mettre fin à la tyrannie de l'union sur le cosmos ».
L'acteur a même appelé Elon Musk, alors proche conseiller de Donald Trump, à encourager le président américain à signer un décret dans ce sens, ce à quoi le patron de SpaceX a répondu qu'il « pourrait soutenir » l'idée. La même demande a été formulée par le sénateur républicain Mike Lee en février. Côté NASA, l'administrateur de l'agence spatiale américaine lors du premier mandat de Donald Trump, Jim Bridenstine, avait lui aussi estimé, en 2019, que Pluton devait être considérée comme une planète.
Une question de fierté nationale
Pour Paul Wohrer, chercheur du programme Espace de l'Institut français des relations internationales (Ifri), ces prises de position, à commencer par celle de Jared Isaacman la semaine dernière, s'expliquent simplement : « Pluton était le seul corps céleste considéré comme une planète découvert par un astronome américain, donc c'est une question de fierté nationale ». C'est d'ailleurs l'argument avancé par le patron de la NASA lui-même la semaine dernière, considérant que les États-Unis « devaient bien ça » à toutes les personnes originaires du Kansas – État où a grandi Clyde Tombaugh, qui a découvert Pluton en 1930.
Si Alain Doressoundiram y voit aussi « un méli-mélo entre politique et science », ce (non-) débat n'est pas si surprenant : « Trump a revu des noms en géographie et le Golfe du Mexique ne s'appelle plus le Golfe du Mexique »… Un comportement très trumpien, en somme, même si le président américain n'a pas (encore) pris position sur le sujet de Pluton.



