Une découverte qui réécrit l'histoire de l'humanité en Europe
Dans le cadre de recherches archéologiques menées dans la vallée du Rhône, une découverte exceptionnelle vient de bouleverser notre compréhension de la préhistoire européenne. Clément Zanolli, paléoanthropologue au CNRS et à l'Université de Bordeaux, a identifié début 2022 le plus ancien humain moderne jamais découvert sur le continent européen.
La grotte Mandrin : un site archéologique d'importance majeure
À quelques kilomètres seulement de la célèbre grotte Chauvet, la grotte Mandrin fait désormais parler d'elle dans le monde scientifique. Les fouilles menées sur ce site ont révélé des informations capitales sur l'arrivée d'Homo sapiens en Europe, publiées officiellement le 17 février 2022.
Jusqu'à cette découverte, la communauté scientifique estimait que l'arrivée des humains modernes sur le continent européen datait d'environ 45 000 ans avant notre ère. « Avant cette date, nous ne pensions pas que les humains modernes étaient présents en Europe. Ici, nous nous apercevons que 10 000 ans avant, des premiers essais d'exploration avaient eu lieu », s'enthousiasme Clément Zanolli.
Trente années de fouilles aboutissent à une révélation historique
Après trois décennies de recherches minutieuses dirigées par Ludovic Slimak, paléoanthropologue du CNRS et de l'Université de Toulouse Jean-Jaurès, Clément Zanolli a pu confirmer une hypothèse révolutionnaire : Homo sapiens vivait dans la grotte Mandrin il y a 54 000 ans.
Ce spécialiste de l'évolution humaine, qui étudie particulièrement les dents pour comprendre la diversité des groupes humains préhistoriques et leurs modes de vie, travaille au laboratoire PACEA (de la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie) de l'Université de Bordeaux.
La fascinante question de la cohabitation avec les Néandertaliens
Ce qui passionne particulièrement les chercheurs dans cette avancée scientifique, c'est la possibilité d'une cohabitation entre Homo sapiens et les Néandertaliens. Les fouilles démontrent en effet qu'entre deux périodes d'occupation de la grotte Mandrin par les Néandertaliens, Homo sapiens y a également vécu pendant environ quarante ans.
« Comme ils se sont succédé de manière très proche, on peut supposer qu'ils se sont rencontrés », explique Clément Zanolli avec prudence mais optimisme.
Les traces génétiques d'une rencontre ancestrale
Le chercheur rappelle que les humains actuels portent encore entre 2 et 4% d'ADN néandertalien, preuve génétique incontestable de rencontres entre nos ancêtres. Si les scientifiques savaient déjà que l'homme moderne et l'homme de Néandertal s'étaient croisés, ils ignoraient précisément où et quand ces rencontres avaient eu lieu.
La fouille du site rhodanien apporte désormais une pierre angulaire à l'édifice de la recherche préhistorique. « Les découvertes effectuées dans la grotte Mandrin ajoutent des éléments confirmant des rencontres à plusieurs reprises, à une époque où l'humain moderne était en pleine exploration », précise le paléoanthropologue.
La méthode scientifique : de l'outil à la dent
Si l'analyse d'une dent trouvée sur le site de Mandrin par Clément Zanolli a confirmé l'hypothèse de la présence d'Homo sapiens, les travaux préliminaires de son confrère toulousain avaient ouvert la voie de manière décisive.
« Ludovic Slimak avait noté qu'au niveau daté de 54 000 ans avant notre ère, des outils en pierre taillée se démarquaient des niveaux de fouille d'au-dessus et d'en dessous », raconte Clément Zanolli. « À ce moment, mon collègue avait émis l'hypothèse que ces outils n'étaient pas ceux des Néandertaliens mais bien ceux des Homo sapiens. »
L'analyse morphologique : une spécialité bordelaise
Pour vérifier cette hypothèse audacieuse, le paléoanthropologue bordelais a étudié avec une précision extrême la morphologie de la seule dent trouvée à ce niveau stratigraphique. Spécialiste reconnu de cette pratique, il détaille sa méthode : « On sépare très facilement les dents de l'humain moderne des dents des Néandertaliens avec un certain nombre d'outils qui permettent de mesurer la morphologie. »
Perspectives de recherche : vers de nouvelles découvertes
Cette découverte historique pourrait n'être que la première d'une longue série. Clément Zanolli évoque en effet plusieurs pistes prometteuses pour approfondir ces recherches :
- La poursuite des fouilles du niveau daté de 54 000 ans avant notre ère
- Les recherches d'ADN dans les sols de la grotte Mandrin
- L'analyse approfondie des outils lithiques découverts
- L'étude comparative avec d'autres sites préhistoriques européens
Ces investigations futures pourraient fournir de nouveaux éléments précieux sur les relations complexes qu'entretenaient Néandertaliens et humains modernes, éclairant ainsi un chapitre fondamental de notre histoire commune.
La grotte Mandrin s'impose désormais comme un site archéologique de première importance, capable de révéler des secrets longtemps enfouis sur les premières explorations européennes d'Homo sapiens et ses interactions avec les populations néandertaliennes.