Neandertal, notre cousin préhistorique : au-delà des préjugés, une réalité complexe
Neandertal : au-delà des préjugés, une réalité complexe

Neandertal : une star incontestée de la préhistoire

Au sein de la grande famille des hommes préhistoriques, qui compte plus d'une vingtaine d'espèces recensées, Neandertal occupe une place particulière. Notre cousin néandertalien est la star incontestée, celle qui vient immédiatement à l'esprit, tant pour le grand public que pour les chercheurs. La préhistoire est une science jeune, à peine plus de 150 ans, et dès ses débuts, son histoire s'est mêlée à celle des néandertaliens, les premiers fossiles découverts en Europe, là où se concentrait la recherche à l'époque.

Les préjugés qui nous trompent

Dans l'imaginaire collectif, Neandertal est passé de la bête hirsute et hébétée du XXe siècle à un homme presque semblable à nous, nécessitant juste un relooking. Ces extrêmes illustrent combien notre image des néandertaliens repose sur des préjugés plutôt que sur les données archéologiques. Commençons par un inventaire des connaissances scientifiques pour enfin nous demander si nous savons vraiment qui était notre cousin.

À quoi ressemblait-il ?

Évidemment, tout homme de Neandertal n'est pas identique à un autre. Imaginez la diversité des humains aujourd'hui : c'est impossible à saisir pleinement. Transposer cela à une autre espèce, inconnue et sur une longue période, est un défi. Les néandertaliens ont vécu entre environ -300 000 et -35 000 ans, de l'Europe jusqu'au centre de l'Asie, ce qui implique une variation morphologique parmi les fossiles. Les spécimens « typiques », les plus représentatifs, sont les premiers découverts, logiquement les plus récents, autour de -50 000 ans, et proviennent d'Europe de l'Ouest. Les fossiles de l'Est, notamment au Proche-Orient, sont moins nombreux et souvent plus anciens.

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Est-ce un problème d'être différent ?

Depuis les premières découvertes, on a dit que l'anatomie particulière des néandertaliens reflétait une adaptation au froid, soutenue par la règle d'Allen : leurs membres courts et corps massif limitent les déperditions de chaleur. Cependant, tout n'est pas si simple. Leurs grandes cavités faciales, comme les sinus maxillaires et frontaux, étaient autrefois liées au climat froid, mais les populations actuelles du Grand Nord ont de petits sinus. La taille de ceux des néandertaliens s'explique surtout par la dimension de leur face.

Cette explication simpliste est limitée car les néandertaliens ont traversé plusieurs changements climatiques et n'ont pas vécu uniquement durant des périodes glaciaires. De nombreux traits anatomiques sont sélectionnés par hasard ou liés à d'autres caractéristiques utiles. Ainsi, une partie de leur anatomie est probablement liée à des adaptations à leur environnement, qui n'a pas toujours été froid, et ce n'est certainement pas la seule cause de leur morphologie unique. Leur histoire en tant que population humaine sur des centaines de milliers d'années a forgé ce qu'ils étaient : plus petits en moyenne que les hommes d'aujourd'hui, avec des proportions corporelles différentes, une colonne vertébrale plus droite, une cage thoracique plus large, un visage peu familier et des comportements distincts.

Le néandertalien grandit vite

La croissance des néandertaliens symbolise l'image que nous nous en faisons. En paléoanthropologie, nous disposons de peu de données anatomiques et les interprétons en nous comparant à nous-mêmes. Par exemple, pour estimer l'âge des enfants néandertaliens, on utilisait des courbes de croissance humaines actuelles, ce qui donnait des âges probablement faux si leur rythme était plus rapide.

Récemment, grâce à un synchrotron, il a été possible de compter les stries de croissance dentaire, permettant de calculer l'âge réel à quelques semaines près. Les résultats montrent une plus grande jeunesse que les estimations précédentes, confirmant une croissance plus rapide. Cela offre des données cruciales pour étudier sans biais le développement du cerveau, du crâne et du corps de ces hommes disparus.

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La différence s'observe même dans le crâne : le volume moyen du cerveau néandertalien est le plus élevé de tous les hommes, supérieur de 20 % au nôtre. Sa forme est aussi différente, avec des lobes frontaux et occipitaux plus grands et des lobes pariétaux plus petits. Cependant, des asymétries similaires à celles de l'aire de Broca, liée au langage, ou des pétalias, influant sur la latéralité manuelle, existent. Ces paramètres ne suffisent pas à évaluer les capacités cognitives, car le cerveau est complexe. Il faut mieux comprendre l'anatomie du cerveau néandertalien sans supposer qu'il doit ressembler au nôtre pour justifier d'importantes capacités intellectuelles.

Les « scoops » de la génétique

La paléogénétique a permis des découvertes surprenantes. À partir de restes fossiles, même complets, les squelettes ne renseignent que sur la taille et la forme générale, le reste étant souvent de l'imagination ou des interprétations basées sur des comparaisons actuelles. Sans un néandertalien congelé, des caractéristiques comme l'épiderme ou la pilosité seraient restées inconnues, mais la génétique a identifié des allèles liés à l'apparence : certains néandertaliens étaient peut-être roux.

Autre information inattendue : il n'y a pas eu de transmission d'ADN mitochondrial ou de chromosome Y entre Neandertal et nous, mais le génome des Européens et Asiatiques actuels comporte environ 3 % de gènes néandertaliens. Cela indique que les hybridations ont été exceptionnelles et que ces groupes étaient suffisamment différents pour être reconnus génétiquement. Neandertal et Homo sapiens ne sont qu'un exemple banal de reproduction entre espèces distinctes dans la nature. La paléogénétique prouve qu'Homo neanderthalensis est bien une espèce à part.

Une grande diversité de talents

Que savaient faire les néandertaliens de leurs dix doigts ? Maîtres du feu et grands chasseurs, ils ont vécu pendant des centaines de milliers d'années dans divers environnements. Les analyses récentes montrent un régime alimentaire varié, l'utilisation de plantes médicinales, des cure-dents pour l'hygiène buccale, et des traces de soins, comme des fractures bien cicatrisées nécessitant immobilisation et connaissances médicales.

Ils fabriquaient des colles, utilisaient le feu pour transformer des matériaux comme le bitume, et créaient des outils en pierre, os ou matériaux tendres. Ce large répertoire comportemental témoigne d'une grande diversité de talents. La première gravure néandertalienne, abstraite, a été identifiée à Gibraltar, et à Bruniquel, une structure de 400 stalagmites agencée il y a 176 500 ans montre un comportement sans utilité pratique évidente, peut-être rituel. Des datations de peintures dans des grottes espagnoles suggèrent une contemporanéité avec les néandertaliens, remettant en question notre perception de l'art.

Des sépultures ?

La question des sépultures néandertaliennes reste un tabou. Quelques centaines de sites ont livré des restes, avec une cinquantaine d'individus assez complets. À Shanidar en Irak, La Ferrassie en France, ou ailleurs, des squelettes presque complets et en connexion anatomique suggèrent des enterrements, du moins pour certains. La plupart des chercheurs pensent que les néandertaliens enterraient leurs morts, bien que d'autres objectent par manque de preuve directe, mais les alternatives sont moins crédibles scientifiquement.

Mais d'ailleurs, qui a tué Neandertal ?

La disparition de Neandertal résulte de nombreux facteurs : compétition avec d'autres espèces humaines, fluctuations climatiques, impacts démographiques. Comme toute espèce, ils ont connu une expansion puis un déclin. Les conditions environnementales changeantes et la fragilité des écosystèmes jouent un rôle, mais la principale cause tient à la marche de la vie elle-même.

Parmi les explications simplistes à oublier : une plus grande fertilité des Hommes modernes, un virus sélectif, un génocide, ou même des extraterrestres. La plus ancrée, celle de l'infériorité de Neandertal face à Homo sapiens, est fausse. La comparaison de valeur n'a pas de sens ; Neandertal n'était ni une brute ni un idiot, mais aussi compétent, voire mieux adapté à l'environnement européen de l'époque. Individuellement, un néandertalien n'aurait rien eu à envier à un humain moderne. Peu importe qui est le plus malin ; ils n'étaient pas nous, avaient leur propre culture, et mieux les comprendre nous aide à saisir qui nous sommes.