La science lève le voile sur la mort du Roi-Soleil après trois siècles
Plus de trois cents ans après sa disparition, la véritable cause de la mort de Louis XIV vient enfin d'être élucidée grâce aux technologies de pointe du Commissariat à l'énergie atomique. Une publication scientifique parue dans les "Annales pharmaceutiques françaises" révèle que le monarque n'a pas succombé à la gangrène comme l'histoire officielle l'a longtemps affirmé, mais à un champignon rare appelé Cyphellophora europaea.
Un fragment de cœur analysé au cœur du site nucléaire
Les travaux dirigés par l'anthropologue et médecin légiste Philippe Charlier ont été rendus possibles par le laboratoire Li2D (laboratoire d'innovations pour la détection et le diagnostic) du CEA Marcoule, situé près de Bagnols-sur-Cèze dans le Gard. C'est dans cet établissement spécialisé que des chercheurs ont analysé un minuscule fragment du cœur momifié de Louis XIV - à peine 50 milligrammes - avec l'accord de ses descendants.
Le souverain, qui a régné sur la France pendant 72 ans de 1638 à 1715, s'est éteint le 1er septembre 1715 au palais de Versailles, quatre jours avant son 77e anniversaire. Son agonie avait commencé trois semaines plus tôt par une vive douleur au pied suite à une partie de chasse, diagnostiquée initialement comme une sciatique.
La spectrométrie de masse révèle la vérité
Jean Armengaud, directeur du Li2D, explique le processus d'analyse : "Le spectromètre de masse fonctionne comme une balance de précision. Tous les peptides contenus dans l'échantillon sont détectés et la composition moléculaire exacte de chacun est établie." Cette technologie de haute résolution a permis d'identifier la présence du champignon pathogène malgré la dégradation des biomolécules après trois siècles.
L'analyse a également révélé des informations fascinantes sur la conservation du cœur : des traces de mercure et de chaux vive ainsi que des pollens de rose et de pin ont mis en lumière les techniques d'embaumement, tandis que des protéines de mouton indiquent qu'il a été conservé dans de la laine.
Un diagnostic impossible au XVIIe siècle
Le Cyphellophora europaea provoque des ulcères, des abcès et peut engendrer une maladie rare appelée chromoblastomycose. "Les taches noires découvertes sur la peau de Louis XIV quelques semaines avant sa mort ne sont donc pas dues à la gangrène, mais au champignon lui-même", précise Jean Armengaud. Il ajoute que ce diagnostic était quasiment impossible à l'époque, et qu'aujourd'hui encore, seules quelques dizaines de cas sont répertoriés en France.
Cette découverte historique sert également à valider les technologies développées au Li2D, spécialisé dans la détection de maladies infectieuses et d'agents pathogènes. Le laboratoire avait déjà réalisé en 2022 la première cartographie complète mondiale du virus de la variole du singe.
Une méthodologie robuste pour l'avenir
Le directeur du Li2D se réjouit des perspectives ouvertes par cette recherche : "Ce travail sur le cœur de Louis XIV a constitué une opportunité intéressante pour éprouver les limites de notre approche sur un premier échantillon ancien. Le grand nombre d'indices obtenus grâce à la spectrométrie de masse à haute résolution a permis de surmonter ces contraintes et de démontrer la robustesse de notre méthodologie."
Cette étude démontre comment l'analyse protéique peut apporter des réponses là où l'ADN reste parfois silencieux, ouvrant de nouvelles perspectives pour la recherche historique et médicale. Ironie de l'histoire, Louis XIV, qui n'aurait jamais imaginé contribuer à l'avancée scientifique trois siècles après sa mort, permet aujourd'hui de faire progresser les technologies de diagnostic.
Le CEA Marcoule s'attaque aussi au cœur de Fukushima
Dans un registre différent mais tout aussi technique, une autre entité du CEA Marcoule, l'Institut des sciences et technologies pour une économie circulaire des énergies bas carbone (Isec), travaille sur un "cœur" bien particulier : le corium de Fukushima. Il s'agit de l'amas de combustible nucléaire et de matériaux du réacteur formé lors de la fusion accidentelle du cœur en 2011.
Les chercheurs du laboratoire d'analyses chimiques et de caractérisation des matériaux (LMAT) ont identifié les outils de découpe les plus adaptés pour traiter les 880 tonnes de corium issues de l'accident, en utilisant des prototypes fabriqués sur le site de Cadarache. Leurs travaux permettent de caractériser et quantifier les aérosols et poussières radioactifs générés, afin de définir les mesures de protection pour les futurs intervenants et l'environnement.
La prochaine étape, selon le CEA, sera l'arrivée à Marcoule d'échantillons de corium réel prélevés au Japon, prévue à l'horizon 2040. Deux histoires de "cœurs" très différentes, mais qui illustrent toutes deux l'expertise et la polyvalence des laboratoires du CEA dans la résolution de défis scientifiques complexes.



