« Méditerranée tropicale » : une enquête alarmante sur la transformation écologique de la mer
Le grand reporter italien Stefano Liberti, spécialiste reconnu des questions environnementales, vient de publier en français son ouvrage « Méditerranée tropicale » aux Éditions Arthaud. Cette traduction, réalisée par Éliane Patriarca, offre aux lecteurs francophones une odyssée écologique saisissante à travers une mer en mutation profonde. Depuis la terre ferme, les changements peuvent sembler imperceptibles, mais les pêcheurs, dont les rangs s'amenuisent, en témoignent avec amertume : sous la surface, tout est en train de basculer.
Un constat implacable : l'effondrement de la biodiversité
De Gibraltar au canal de Suez, en passant par l'Adriatique et la mer Égée, Stefano Liberti a parcouru les quatre coins de la Méditerranée, cette mer qui unit l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Son récit débute par un constat accablant : « Les 500 millions d'êtres humains qui vivent aujourd'hui sur les rives de cette mer l'exploitent, la polluent, la maltraitent. » Sur 270 pages, le journaliste emmène le lecteur en Espagne, en Grèce, en Tunisie, en Italie, en Égypte, à Chypre et ailleurs, recueillant les témoignages de scientifiques, d'habitants, de militants et de professionnels de la mer. Leur message est unanime : la biodiversité méditerranéenne s'effondre, et des espèces autochtones sont condamnées à disparaître.
Les causes multiples d'un désastre environnemental
Les causes de ce gigantesque dérèglement écologique sont hélas multiples et se combinent de manière alarmante :
- L'élargissement du canal de Suez en 2010 a servi d'autoroute à des envahisseurs sous-marins, comme le crabe bleu du Pacifique, qui pulvérise les espèces locales démunies face à ce prédateur.
- Le réchauffement des eaux offre des conditions d'expansion idéales dans cette mer devenue subtropicale, accélérant la prolifération d'espèces invasives.
- La pêche au chalut a détruit les fonds marins et provoque une guerre commerciale entre les flottes de pêche, épuisant la ressource halieutique.
- L'exploitation agricole intensive conduit à la prolifération d'algues qui privent les poissons d'oxygène, asphyxiant les écosystèmes.
- L'urbanisme forcené et le surtourisme aggravent la pression sur les côtes, tandis que, selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (Pnue), 730 tonnes de plastiques se déposent chaque jour dans la Méditerranée, formant même une île de plastique dans la mer Tyrrhénienne.
Des solutions concrètes pour une mer en souffrance
Face à ce tableau sombre, Stefano Liberti ne se contente pas de dresser un constat ; il met en avant des solutions à l'efficacité prouvée. Parmi elles :
- Promouvoir la pêche artisanale, plus durable et respectueuse des équilibres naturels.
- Créer et étendre des aires marines protégées pour offrir des sanctuaires à la vie marine.
Comme le souligne l'un de ses interlocuteurs, « Les poissons ont une capacité de récupération gigantesque », mais encore faut-il leur laisser du répit. Pour cela, les pays riverains de la Méditerranée sont tous dans le même bateau et doivent agir de concert. « Méditerranée tropicale » est plus qu'un livre ; c'est un appel urgent à la prise de conscience et à l'action pour préserver cette mer mythique.



