La mue annuelle des manchots empereurs compromise par la fonte de la banquise
Des chercheurs du British Antarctic Survey ont alerté, mercredi 25 février, sur les menaces accrues pesant sur les manchots empereurs lors de leur mue annuelle, en raison du changement climatique. Déjà vulnérables pendant leur reproduction, ces oiseaux incapables de voler doivent renouveler intégralement leur plumage chaque été austral, un processus critique où ils puisent dans leurs réserves de graisse pendant plusieurs semaines, sans pouvoir nager ni chasser.
Des colonies découvertes par hasard dans une zone isolée
En analysant sept années d'images satellites, les scientifiques ont découvert par hasard plusieurs colonies en mue le long du littoral extrêmement isolé de la terre Marie-Byrd, dans l'ouest de l'Antarctique. Cette observation fortuite a permis de documenter l'impact de la réduction des zones de glace de mer, contraintes par la montée des températures.
Avec la fonte de la banquise, les manchots empereurs se retrouvent dans des espaces de plus en plus restreints, formant des groupes compacts et densément peuplés. L'organisation britannique de recherche polaire souligne que cette situation aggrave les risques pour leur survie pendant cette période délicate.
Un déclin alarmant des colonies observé
L'étude révèle un déclin préoccupant : en 2025, seuls 25 petits groupes de manchots étaient visibles sur les images satellites, contre plus de 100 groupes en 2022 dans la même région. Peter Fretwell, auteur principal et expert en cartographie, explique : « Bien que nous ignorions ce qui est arrivé à ces manchots, il est possible qu'ils aient établi de nouveaux sites de mue ailleurs. Mais il est également possible qu'un grand nombre aient péri après avoir pénétré dans l'océan austral avant d'avoir pu renouveler leur plumage imperméable. »
Il ajoute : « Si tel est le cas, la situation des manchots empereurs est encore plus critique que nous le pensions. » Cette inquiétude s'appuie sur des données antérieures : une étude du British Antarctic Survey avait établi que les populations avaient perdu plus de 20 % de leurs membres en quinze ans dans une zone majeure de peuplement.
Des conditions de survie de plus en plus difficiles
Les manchots empereurs, comptant environ 250 000 couples reproducteurs tous en Antarctique, migrent jusqu'à 1 000 kilomètres pour muer sur une banquise stable. La mue dure quatre à cinq semaines, période durant laquelle ils ne peuvent pas accéder aux eaux glaciales. Or, l'étendue de la banquise antarctique a chuté à des niveaux historiquement bas entre 2022 et 2024.
Dans la région observée, la banquise est passée d'une moyenne de 500 000 kilomètres carrés sur cinquante ans à 100 000 kilomètres carrés en 2023, avec seulement 2 000 kilomètres carrés de banquise côtière subsistant près des côtes. Les scientifiques craignent que la banquise ne se brise avant la fin de la mue, exposant les manchots à des risques mortels :
- Épuisement dû à une dépense énergétique accrue
- Hypothermie en raison d'un plumage incomplet
- Risque accru de prédation dans l'océan
Conséquences catastrophiques pendant la reproduction
La fonte de la banquise affecte aussi la période de reproduction, d'avril à décembre. En 2025, le British Antarctic Survey a montré que certaines colonies avaient perdu l'intégralité de leurs poussins, noyés ou morts de froid parce que la glace avait cédé prématurément. L'Antarctique se réchauffe deux à quatre fois plus vite que les autres parties du globe, exacerbant ces phénomènes.
Cette étude souligne l'urgence de protéger ces espèces emblématiques, dont la survie est intimement liée à la stabilité des écosystèmes polaires menacés par le réchauffement climatique.



