L'effet bouba-kiki : même les poussins associent sons et formes
Les poussins perçoivent l'effet bouba-kiki, révèle une étude

L'effet bouba-kiki : une prédisposition universelle confirmée chez les poussins

Une étude récente menée par Maria Loconsole de l'Université de Padoue et ses collègues, publiée dans la revue Science du 19 février, révèle que des poussins tout juste éclos manifestent spontanément l'effet bouba-kiki. Ce phénomène psychologique, bien connu chez les humains, démontre ainsi son caractère profondément ancré dans la cognition, transcendant même les espèces.

Un dispositif expérimental éclairant

Au cours de cette expérience, des poussins nouveau-nés ont été exposés à deux formes distinctes : l'une arrondie, l'autre pointue. Simultanément, un haut-parleur diffusait soit le son « bouba », soit le son « kiki ». Les observations ont été sans équivoque : les poussins se sont dirigés vers la forme arrondie lorsqu'ils entendaient « bouba » et vers la forme pointue avec « kiki ». Cette association spontanée, réalisée sans aucun apprentissage préalable, suggère une prédisposition innée à lier certains sons à des formes spécifiques.

Les origines et la robustesse de l'effet bouba-kiki

L'effet bouba-kiki a été nommé ainsi en 2001 par les chercheurs Vilayanur Ramachandran et Edward Hubbard de l'Université de Californie à San Diego. Il renvoie à la tendance humaine à associer des non-mots à des formes, « bouba » évoquant typiquement une forme arrondie et « kiki » une forme pointue. Cependant, ce phénomène avait été initialement mis en évidence dès 1929 par le psychologue allemand Wolfgang Köhler, qui utilisait alors les termes « baluma » et « takete » pour tester ces associations.

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Ce qui rend cet effet particulièrement remarquable, c'est sa robustesse exceptionnelle. Il a été constaté dans des populations diverses, indépendamment de facteurs tels que :

  • La culture et la langue des individus
  • Le genre et l'âge, avec des manifestations dès l'âge de 4 mois chez les nourrissons
  • Les capacités visuelles, puisqu'il a également été observé chez des personnes aveugles

Implications et perspectives de recherche

La découverte que les poussins présentent cet effet ouvre de nouvelles perspectives fascinantes. Elle suggère que certains mécanismes de perception et d'association entre les modalités sensorielles pourraient être partagés à travers différentes espèces, remontant peut-être à des ancêtres communs. Cette universalité pose des questions fondamentales sur l'inné et l'acquis dans nos comportements, ainsi que sur les liens profonds entre le langage, la pensée et la perception du monde.

Les travaux de Maria Loconsole et de son équipe renforcent l'idée que l'effet bouba-kiki n'est pas simplement une curiosité psychologique, mais un phénomène révélateur de structures cognitives fondamentales. Ils invitent à poursuivre les recherches pour comprendre comment ces associations se développent et quelles fonctions elles pourraient remplir dans la cognition animale et humaine.

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