Une immersion au cœur des Terres australes françaises : la vie sauvage préservée de l'île Tromelin
Immersion dans les Terres australes : la vie sauvage de Tromelin

Une immersion au cœur des Terres australes françaises : la vie sauvage préservée de l'île Tromelin

Je me retrouve à l'arrière du ruban de visiteurs qui s'étire et s'espace le long de la piste : impossible de ne pas s'arrêter tous les dix mètres pour contempler, photographier, filmer tous ces oiseaux, les vrais habitants légitimes de l'île. À ce jeu, je suis le plus lent et ferme la déambulation. Suis-je le plus émerveillé ? La quantité mais surtout la proximité des oiseaux me frappent aussitôt : ils n'ont pas peur.

Une cohabitation pacifique entre l'homme et la faune

Depuis des décennies, l'homme n'est ici plus un prédateur. Au contraire, sa mission des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) est de les protéger, de les étudier, de lutter contre les espèces invasives exotiques introduites par le passé, volontairement ou non. Bien sûr, les animaux ne le savent pas mais ils ont compris, au fur et à mesure des générations, que l'on n'est pas là pour les boulotter. Et leurs comportements en découlent directement.

Le gygis : une créature féerique des mers

Tout d'abord, le gygis. D'un blanc immaculé, aux immenses yeux ronds surdimensionnés par le cerne de plumage noir qui lui font le regard doux, bec pointu et pattes graciles, le Zoizo la vierge, en créole, a tout d'une créature féerique. Ce sont les premiers à venir voleter à quelques dizaines de centimètres de nous. Presque dès la sortie de l'hélicoptère, je les découvre en vol stationnaire au-dessus des têtes de mes compagnons de visite et suis soudain surpris de m'apercevoir qu'il y en avait un, silencieux, au-dessus de la mienne, qui s'éloigne furtivement.

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Les gygis sont répartis sur toute la planète (Amérique du Nord et centrale, Brésil, Chili, Chine, Indonésie, Australie…) mais sensibles aux prédateurs : ils ne pondent qu'un œuf à la fois, posé en équilibre sur une fourche de branche, sans construction de nid et couvé par les deux parents.

Les fous masqués et à pieds rouges : une vie sociale animée

Tous le long de la piste se répartissent des paires de fous masqués. Ceux-là vivent aussi en couple mais pondent à même le sol. Parfois, un conflit de voisinage oppose deux couples : ça criaille dans un fatras d'ailes et de becs, un bref catch à quatre, d'où chacun s'éloigne vite pour reformer les couples à meilleure distance.

Leurs congénères, les fous à pieds rouges, qui ont aussi le bec bleu, nichent, eux, à hauteur de ceinture dans les embranchements des veloutiers au feuillage clairsemé qui leur fournissent sur toute l'île des ramures d'accueil qu'ils se partagent avec les gygis.

Le noddi et la sterne blanche : des espèces emblématiques

Un peu plus rare ou plus distant, le noddi porte une calotte claire frontale sur sa robe brune qui lui donne l'air sévère du renfrognement. La sterne blanche complète les espèces principales de l'île mais l'on aperçoit parfois également, plus loin, une frégate en vol.

Le triste destin des tortillons : une réalité écologique brutale

Tous ces oiseaux, nous les découvrons plus en détail, après une halte à la base, en petit groupe, avec Jordan, technicien de gestion des espèces invasives. Il nous emmène au travers des massifs arborescents en suivant les sinuosités de parcours qu'il faut respecter pour déranger le moins possible leurs hôtes en couvaison ou protection de leurs petits. On passe souvent à moins de deux mètres d'eux sans qu'ils ne semblent se troubler. Mais s'ils commencent à ouvrir le bec ou baisser la tête à répétition, c'est signe qu'il faut s'éloigner.

Nous découvrirons également les traces de déplacement et les trous de ponte des tortues marines dans le sable de la plage. Et des quantités de restes de petits tortillons, prélevés sur le chemin de l'océan par les bernard-l'ermite, les crabes ou, s'ils ont échappé à ceux-là, les requins qui les attendent à l'heure du bain.

Nous sommes face aux preuves matérielles d'infanticides de masse ! Jordan nous informe que sur une ponte de 200 œufs, seule une vingtaine de tortillons gagneront la mer. Et sur 1 000 tortillons, un seul atteindra l'âge adulte. La tortue est une grande pourvoyeuse prodigue de la grande tablée de la plage, qui se donne beaucoup de mal pour accomplir sa mission.

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La logistique humaine au service de la préservation

À propos d'approvisionnement, il est temps pour nous de regagner la base ou le groupe prêtera main-forte aux nouveaux insulaires pour vider les caisses héliportées pendant notre cheminement vers les congélateurs, frigos ou réserves à conserves. Cette mission logistique est essentielle pour maintenir la présence humaine sur l'île, permettant ainsi la continuité des travaux de recherche et de protection de cet écosystème unique.