L'endocrâne révèle ses secrets : une étude remet en cause la lecture des sillons cérébraux
Endocrâne : une étude remet en cause la lecture des sillons cérébraux

Il y a cent ans, le paléontologue australien Raymond Dart décrivait dans la revue Nature un fossile qui allait bouleverser notre compréhension des origines humaines. Découvert en 1924 en Afrique du Sud, l'« enfant de Taung » – un crâne vieux de 2,8 millions d'années attribué à l'espèce Australopithecus africanus – présentait une particularité rare : sa structure interne avait fossilisé, préservant les empreintes de la surface du cerveau. Ce petit crâne a ancré l'idée que la lignée humaine trouve ses racines en Afrique, et son endocrâne, la surface interne du crâne, alimente depuis un siècle les débats des paléoneurologues.

Une correspondance incertaine

Une étude publiée le 4 février dans le Journal of Anatomy apporte aujourd'hui un éclairage crucial sur ces recherches. Dirigée par Antoine Balzeau du Musée de l'homme à Paris, elle démontre que la relation entre les sillons du cerveau et les marques visibles sur l'endocrâne n'est pas aussi directe qu'on le pensait. En analysant des données d'imagerie de 75 volontaires, les chercheurs ont comparé les sillons cérébraux réels avec les empreintes lisibles sur la surface interne du crâne.

Un test révélateur

En 2023, Antoine Balzeau avait déjà mis en lumière les limites de cette méthode. Il avait invité des experts à retracer, à l'aveugle, les sillons présumés d'un individu à partir de son endocrâne virtuel obtenu par IRM. Les résultats furent décevants : « Nous n'avons pas été brillants », admet le chercheur, qui n'a pas mieux réussi que ses collègues. Cette expérience souligne la complexité de déchiffrer l'évolution du cerveau à partir de simples empreintes crâniennes.

Ces travaux offrent de nouveaux outils aux paléoneurologues, tout en les incitant à la prudence. Ils rappellent que toute conclusion hâtive sur les capacités cognitives des ancêtres humains, basée uniquement sur l'endocrâne, doit être évitée. L'enfant de Taung, avec son crâne fossilisé, reste un témoin précieux, mais son interprétation demande désormais une rigueur accrue.