Embarquement à bord du Marion-Dufresne : un mois en mer vers les Terres australes
Embarquement sur le Marion-Dufresne : un mois en mer

Un départ anticipé sous le soleil réunionnais

Je suis en avance de quarante minutes, mais déjà, quelques petits groupes de deux ou trois personnes se rassemblent sur le petit parking. La température grimpe rapidement sur l'asphalte, et la navette, censée nous conduire ensemble dans le port de commerce, est annoncée avec du retard. Par grappes, nous nous réfugions à l'ombre des raisiniers qui bordent le chemin littoral, formant rapidement un cercle commun pour échanger.

Une mosaïque de profils à bord

Au fil des présentations, la diversité des passagers et de leurs motivations émerge clairement. On compte des scientifiques expérimentés, de jeunes volontaires en service civique, des chefs de divers services des TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), des techniciens de tous corps de métier, et des accompagnants venus soutenir des proches de retour de longues missions. Plus tard, je découvrirai d'autres personnalités étonnantes, comme un général de brigade de gendarmerie, un graffeur renommé, un président de Cour des comptes, ou un nouveau préfet des TAAF en première rotation. Mais, chose certaine, il n'y a pas de raton laveur à bord.

Un mois de vie en communauté fermée

En incluant la quarantaine de membres d'équipage, près d'une centaine d'individus composeront ce microcosme hétéroclite. Ils vivront ensemble pendant un mois en milieu clos, naviguant sur des mers probablement agitées et faisant escale dans des environnements rudes. Cette aventure promet d'être aussi captivante qu'un polar, mais, espérons-le, sans crime aucun.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'arrivée impressionnante du Marion-Dufresne

Nous montons enfin dans la navette, qui parcourt les cent mètres nous séparant de l'enceinte grillagée du port. Après un contrôle des passeports, elle glisse vers le quai où notre navire nous attend. Je guette avec impatience, ne voulant pas manquer son apparition. Soudain, au détour d'un hangar, il se révèle : le Marion-Dufresne, surnommé « Marduf » par les Taafiens ou simplement « le Marion » par les locaux, faisant partie intégrante du paysage. Nantes a le Belem, La Réunion a le Marion : chaque port possède son navire-emblème. Sa longue coque bleue, surmontée de deux grandes grues argentées et d'un château blanc coiffé d'un portique rouge, m'impressionne par sa masse, malgré mes recherches préalables.

Des mesures rigoureuses de bio-sécurité

L'équipe des TAAF nous accueille et nous guide par groupes de cinq vers la passerelle d'accès. Une première mesure de bio-sécurité est mise en place : nous devons passer nos chaussures dans une cage équipée de trois brosses, semblable à une petite station de lavage automobile inversée mais à sec, pour éliminer tout contaminant potentiel comme des graines, pollens ou insectes. Cela nous rappelle vivement que nous nous dirigeons vers des écosystèmes extrêmement fragiles, nécessitant une protection minutieuse.

Installation et opérations de chargement

Une fois embarqués, les étapes s'enchaînent rapidement : formations aux règles de vie à bord, briefings sur les mesures de sécurité, présentation détaillée du navire, et remise des cartes de cabines individuelles pour l'installation, suivie d'un repas. Je passe ensuite la journée à déambuler dans les coursives et les escaliers, explorant les différents espaces et assistant, depuis les multiples extérieurs superposés, aux opérations de chargement du navire.

Le départ vers l'horizon infini

En milieu de journée, le Marion-Dufresne quitte enfin le quai. Tous les passagers se rassemblent spontanément sur le toit-terrasse de la passerelle de pilotage, surnommé « monkey island », pour observer la sortie du port et voir s'éloigner la masse montagneuse de l'île, souvent décapitée par les nuages. Nous nous dirigeons droit vers l'horizon, immense et sans fin. Bientôt, il entourera complètement le navire alors que nous naviguerons vers certains des points les plus isolés de toute vie humaine sur la planète.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale