Une première scientifique historique en Méditerranée
Une avancée majeure dans la recherche sur les cétacés vient d'être réalisée par des scientifiques du CNRS et du WWF France. Dans le cadre du programme Cap Cétacés/Stop Collision, ces chercheurs ont effectué le tout premier enregistrement d'un électrocardiogramme sur un rorqual commun en pleine mer Méditerranéenne au mois d'août 2025, comme l'a rapporté TF1 Info.
Un dispositif innovant pour percer les secrets cardiaques
Le défi technique était considérable : capter un signal électrique cardiaque à travers l'épaisse peau du mammifère marin en milieu naturel. Les scientifiques ont développé une balise multicapteurs fixée par ventouse, capable d'enregistrer simultanément l'ECG (rythme cardiaque), les mouvements via un accéléromètre, le son avec un hydrophone, l'image grâce à une caméra, ainsi que la géolocalisation précise de l'animal.
Pendant cinq heures complètes, cette technologie a permis de corréler l'activité cardiaque du rorqual avec son comportement observé en images. Les résultats sont fascinants : au repos, le cœur du rorqual bat seulement 6 à 8 fois par minute, soit dix fois moins que le rythme cardiaque humain moyen. Lors des efforts, notamment quand l'animal remonte à la surface pour respirer, les battements peuvent atteindre 25 par minute.
Le mécanisme d'apnée : clé de la survie sous-marine
Bertrand Bouchard, chercheur postdoctoral à l'Université de Montpellier au CEFE, explique : "La baleine doit maintenir son rythme cardiaque le plus bas possible, car toute augmentation diminue sa capacité à rester sous l'eau. Ces perturbations peuvent avoir des conséquences négatives à long terme." Lorsqu'il plonge, le rorqual abaisse délibérément sa fréquence cardiaque pour prolonger son apnée, un mécanisme essentiel à sa survie.
Comprendre les collisions mortelles avec les navires
L'enjeu principal de cette étude révolutionnaire est de comprendre pourquoi de nombreux rorquals meurent percutés par des navires. En Méditerranée, on dénombre en moyenne 33 décès par an parmi les 1 750 individus qui peuplent ces eaux.
Toute perturbation du mécanisme d'apnée, notamment celle causée par le stress, réduit significativement la capacité du cétacé à rester sous l'eau et représente un coût énergétique important. Lorsqu'un navire approche, le rorqual consomme son oxygène plus rapidement, ce qui l'oblige à remonter prématurément à la surface et l'expose ainsi dangereusement aux collisions.
Vers des systèmes d'alerte pour protéger les cétacés
Les premières données collectées suggèrent que les baleines détectent les navires trop tardivement et éprouvent des difficultés à éviter les bateaux rapides. Cette découverte ouvre la voie au développement de systèmes d'alerte sonore qui pourraient prévenir les collisions et sauver de nombreuses vies de cétacés.
Une autre découverte majeure pour la recherche
Parallèlement à cette avancée, les chercheurs travaillant sur les baleines bénéficient d'une autre découverte significative. Des scientifiques de la Woods Hole Oceanographic Institution ont récemment mis au jour un enregistrement du chant d'une baleine à bosse datant de mars 1949, réalisé au large des Bermudes.
Ce document sonore serait le plus ancien connu à ce jour, élaboré vingt ans avant les premiers travaux scientifiques sur les baleines. Les chercheurs s'intéressent particulièrement à l'environnement sonore océanique des années 1940, qui était nettement moins perturbé par le trafic maritime qu'aujourd'hui. Cette archive offre un point de comparaison inestimable pour étudier l'impact croissant du bruit humain sur la communication des cétacés.



