Le CNRS divisé sur l'élevage de primates pour la recherche scientifique
CNRS divisé sur élevage primates pour recherche

Un avis historique du comité d'éthique du CNRS

Pour la première fois depuis sa création, le comité d'éthique du CNRS (Comets) a rendu un avis accompagné d'une position divergente officielle. Cet avis, rendu public le 10 février, concerne spécifiquement l'utilisation des animaux à des fins scientifiques et marque un tournant dans les débats éthiques au sein de la recherche française.

La dissidence de Virginie Courtier-Orgogozo

La biologiste de l'évolution Virginie Courtier-Orgogozo, directrice de recherche au CNRS, a exprimé son opposition ferme au projet de création d'un centre d'élevage de primates non humains au Rousset, près de Marseille. Ce centre, d'une capacité prévue de 1 800 individus, doit permettre d'assurer environ un tiers des besoins français en macaques cynomolgus pour la recherche académique, ainsi qu'une autonomie complète pour les macaques rhésus et les babouins.

Les chiffres annuels prévus sont significatifs : environ 225 macaques cynomolgus, 25 macaques rhésus et 25 babouins seraient élevés chaque année sur le territoire national. Les autres besoins continueraient à être couverts par des importations, selon le projet actuel.

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Le contexte de la saisine

Le Comets avait été saisi en janvier 2025 par le PDG du CNRS, Antoine Petit, concernant spécifiquement l'expérimentation animale en milieu académique. Les données de 2023 révèlent l'ampleur de cette pratique : plus d'un million d'animaux sont utilisés chaque année, avec une répartition dominée par les souris (72,6%), suivies des poissons (7,7%) et des rats (6,4%).

La question sensible des primates

Malgré leur proportion relativement faible dans l'ensemble des expérimentations animales (seulement 0,168% du total), les primates suscitent les débats les plus vifs. Cette sensibilité particulière s'explique par leur proximité évolutive, cognitive et sociale avec les humains, qui soulève des questions éthiques complexes.

Selon les chiffres du Gircor, une association regroupant les acteurs publics et privés du secteur, 2 372 primates non humains ont fait l'objet d'une première utilisation en 2023, à la fois dans la recherche académique et dans les évaluations toxicologiques et pharmacologiques du secteur privé.

Les enjeux de l'autonomie nationale

Le projet du centre d'élevage du Rousset répond à un objectif stratégique : réduire la dépendance française aux importations de primates pour la recherche. Actuellement, la France doit compter sur des sources extérieures pour une partie significative de ses besoins, ce qui pose des questions de souveraineté scientifique et de contrôle éthique sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.

Les partisans du projet mettent en avant la nécessité de garantir la continuité des recherches médicales et scientifiques, tandis que les opposants, comme Virginie Courtier-Orgogozo, soulignent les problèmes éthiques fondamentaux posés par l'élevage à grande échelle de ces animaux sensibles.

Cette divergence historique au sein du Comets illustre la tension croissante entre les impératifs de la recherche scientifique et les préoccupations éthiques contemporaines concernant le traitement des animaux, particulièrement lorsqu'il s'agit d'espèces aussi proches de l'humain que les primates.

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