Le CNRS face à une crise budgétaire : des projets scientifiques menacés d'interruption
CNRS : crise budgétaire menace projets scientifiques

Le CNRS confronté à une crise budgétaire sans précédent

Des directeurs de laboratoires du CNRS, fleuron de la recherche française, tirent la sonnette d'alarme. Ils craignent de devoir interrompre des projets scientifiques cruciaux dans des domaines aussi variés que la santé, l'environnement ou les sciences humaines et sociales. Cette situation dramatique résulte d'une nouvelle réduction de leurs moyens, directement imposée par le gouvernement.

Des inquiétudes grandissantes dans les laboratoires

« Nous recevons des remontées extrêmement inquiètes, particulièrement de nos collègues en sciences humaines et sociales », confie Fabrice Kordon, co-président de l'Assemblée des directeurs de laboratoires. Ce chercheur dirige également le laboratoire de recherche en informatique de Sorbonne Université (LIP6-UMR7606). Son collègue Vincent Artero, directeur du Laboratoire de Chimie et Biologie des Métaux (UMR Université Grenoble Alpes-CNRS-CEA 5249), abonde dans ce sens avec une précision troublante.

« Pour la première fois cette année, une partie de nos crédits de fonctionnement nous a été attribuée grâce à l'argent des ressources propres, c'est-à-dire en puisant dans notre réserve budgétaire », explique-t-il. « Cela signifie clairement qu'il n'y avait pas suffisamment de subventions de l'État pour nous octroyer ce qu'ils nous accordaient habituellement. Nous consommons nos réserves, mais à la fin de l'année, il n'y en aura plus », s'alarme le scientifique.

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Une situation financière sous tension extrême

Officiellement, la subvention annuelle accordée par l'État au CNRS semble stable depuis plusieurs années, se maintenant à hauteur de 2,9 milliards d'euros. Cependant, la réalité est bien plus complexe. Depuis deux ans, la situation se dégrade considérablement en raison de charges obligatoires que l'État ne compense plus.

Depuis octobre 2024, ces charges s'accumulent pour atteindre le montant astronomique de plus de 500 millions d'euros. Ce chiffre apparaît noir sur blanc dans un courrier officiel du président-directeur général du CNRS, Antoine Petit, adressé aux directeurs et directrices d'unité le 24 mars dernier.

Dans cette communication interne, le dirigeant évoque un budget initial pour 2026 qui serait déficitaire de 239 millions d'euros. Ce déficit est « directement lié à des reprises de subventions mises en œuvre depuis 2024 », précise-t-il. « Le montant cumulé de ces charges représente plus de 500 millions d'euros depuis octobre 2024 », ajoute Antoine Petit.

L'État reprend d'une main ce qu'il donne de l'autre

En termes clairs, l'État reprend d'une main une partie substantielle de ce qu'il accorde de l'autre. Dans la foulée de cette révélation, le responsable a annoncé une nouvelle diminution immédiate des dépenses de 20 millions d'euros, explicitement demandée par « le cabinet du Premier ministre ».

Ces économies draconiennes seront réparties entre « l'investissement immobilier (6,5 millions d'euros) et les crédits de fonctionnement, équipement et investissement destinés aux activités conduites par les unités de recherches (13,5 millions d'euros) ». Interrogés sur cette décision, les services du Premier ministre sont restés silencieux, tout comme ceux du ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Des répercussions concrètes sur les travaux de terrain

Sur le terrain, la situation devient critique. Plusieurs directeurs envisagent sérieusement l'arrêt de certains projets à compter d'octobre prochain. « Les recherches les plus impactées directement sont celles qui vont être les plus dépendantes des équipements », explique Matthieu Refregiers, au nom du Comité des directeurs de laboratoires CNRS d'Orléans.

Il cite en exemple des travaux innovants sur « des nouveaux pneumatiques moins consommateurs d'essence » ou encore « des recherches pour substituer certains métaux dans les batteries pour être capable, en France, de fabriquer des batteries de manière souveraine ». Ces projets stratégiques pour la transition écologique et l'indépendance industrielle française sont aujourd'hui menacés.

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Une situation qui atteint ses limites

Le CNRS confirme officiellement que « jusqu'à présent, l'institution avait trouvé des marges de manœuvre permettant de ne pas répercuter la contrainte budgétaire sur les moyens financiers alloués aux laboratoires, mais c'est désormais malheureusement impossible ». Cette déclaration marque un tournant dans la gestion de la crise.

L'institution rappelle paradoxalement que la Cour des comptes avait confirmé la trésorerie importante et « la situation financière saine » du CNRS dans son rapport de mars 2025. Selon Bruno Andreotti, de l'association Stand-Up for Science, ces mesures d'économie représentent une baisse de moyens de « l'ordre de 3 % par an » depuis 2024.

Cette réduction constante oblige désormais les laboratoires à se concurrencer férocement pour trouver des financements alternatifs, rapprochant ainsi progressivement le modèle français de recherche du modèle anglo-saxon, basé sur la compétition et la recherche de fonds privés.