Biosécurité sur Tromelin : une chasse impitoyable aux espèces invasives
Biosécurité sur Tromelin : chasse aux espèces invasives

Le protocole de biosérité sur Tromelin : une barrière infranchissable

En revenant de l'île de Tromelin, nous devons impérativement respecter l'étape de biosécurité. C'est le même protocole rigoureux qui a présidé à notre débarquement la veille. La barrière aux espèces exogènes doit être absolument infranchissable, et ce dans les deux sens, pour préserver les écosystèmes fragiles.

Direction le laboratoire : une inspection minutieuse

Direction le laboratoire dédié. Je m'enregistre sur l'écran tactile prévu à cet effet, marquant mon entrée et ma sortie une fois la tâche accomplie. Entre-temps, sur les paillasses, chaque objet personnel doit subir un nettoyage exhaustif.

  • Sacs
  • Chaussures
  • Vestes
  • Chaussettes
  • Bonnet

Tout doit être brossé, lavé, aspiré sous toutes les coutures, sur tous les velcros, dans tous les recoins, envers et endroits, pour ne laisser passer aucun passager clandestin. La chasse aux spores, graines et œufs, même microscopiques, est ouverte ; les indésirables seront pourchassés à la pince à épiler, s'il le faut. Sus aux fétus, une OQTAAF impitoyable est mise en œuvre.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Traversée vers Crozet : entre travail scientifique et contemplation

Le soir, nous faisons route plein sud direction Crozet, chemin inverse qui repasse au large de La Réunion pour déposer à Saint-Pierre en quelques tours de pales les quatre ex-missionnaires de Tromelin et la poignée d'invités officiels ne pouvant effectuer toute la rotation. Adieu Cerise, Gwenola, Buddy, Frédéric, Nicolas...

La vie à bord du Marion-Dufresne

Les journées de mer entre deux escales sont occupées par le travail, la lessive, la lecture, l'entretien et les réparations ou la contemplation de l'océan et des oiseaux, selon les envies ou nécessités de chacun. Des conférences ou des projections sont organisées sur proposition des organisateurs volontaires. Comme beaucoup de navigants sont des scientifiques ou des spécialistes, les sujets d'expertise ne manquent pas.

Une salle de projection est prévue à cet effet où j'assisterai, sur les quatre jours de traversée, à la présentation en photos des résultats de la recherche des espèces de mollusques terrestres présents sur Tromelin, par Victor et Nicolas qui viennent de la réaliser ; une autre concernera l'état des coraux de l'île par les plongeurs qui en reviennent également ; un film réalisé par Geoffrey, également plongeur, nous racontera la pêche à la langouste à Amsterdam.

Mon quotidien rythmé par les repas

Rythmées par les repas à heures fixes et précises, les journées de mer me permettent d'échanger avec les uns et les autres pour comprendre leurs missions et métiers respectifs et surtout de rédiger mon journal de bord à chaud. Pour cela, la cabine est confortable. Lit large, bureau profond, rangements ingénieux. J'aime l'agencement marin des intérieurs.

Tout est optimisé, logique, astucieux pour profiter au mieux d'un espace restreint, ce qui donne une réelle impression de place. Tout est également pensé pour que rien ne valdingue : crochets, crans, aimants, loquets... une panoplie complète des accessoires de menuiserie retient automatiquement en bout de course les mouvements des objets articulés, glissants, ouvrants, tournants ou pivotants qui, en mer, ont une âme ; et pas toujours belle, surtout sous ces latitudes remuantes.

La route de Crozet : des conditions clémentes

Sur la route de Crozet, je n'aurai connu que des tantièmes ronronnants. On m'avait prévenu des risques : quarantièmes rugissants, cinquantièmes hurlants... Sauf à broder — et à ce niveau ce ne serait plus de la broderie mais de la tapisserie industrielle —, impossible, une fois rentré, de me prévaloir de l'expérience chahutée d'un solide loup de mer. Bien que je les appréhendais, je suis vaguement déçu. C'est tant mieux, me dit le commandant. Qui connaît, lui. Et puis, ce n'est pas fini.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un nouveau petit miracle naturel

Au soleil déclinant du septième jour, je verrai mes premiers albatros tourner à la suite du bateau, des fois que remonteraient des filets. Splendeur de ce vol sans battement aux virages amples au ras du creux des vagues, inclinés pour griffer l'eau sombre de la pointe de l'aile comme pour y signer leur propre sillon d'écume dans le large sillage du « Marduf ».

Puis, lorsque s'embrasera le ciel de l'Ouest et que tout le monde guettera le rayon vert, je capturerai le jet d'une baleine, panache de pâle bruine lointaine pile devant le feu d'un dernier éclat du soleil. Improbable cliché. Nouveau petit miracle. Encore un jour de mer avant Crozet. C'est là que j'ai rendez-vous avec les manchots.