La biodiversité cachée du port de La Rochelle dévoilée par l'ADN environnemental
Une étude scientifique innovante menée de 2022 à 2025 dans le port de plaisance de La Rochelle a permis de révéler la présence insoupçonnée d'une cinquantaine d'espèces de poissons grâce à la technique révolutionnaire de prélèvement d'ADN environnemental. Cette recherche approfondie, qui fera l'objet de plusieurs expositions à partir du 8 juin, marque une avancée significative dans la compréhension de l'écosystème portuaire.
Une méthode scientifique révolutionnaire
Vingt ans après la publication de l'ouvrage « À l'ombre des pontons » qui décrivait une biodiversité florissante en 2006, le port de plaisance de La Rochelle et ses partenaires scientifiques ont entrepris d'étudier l'évolution de cette biodiversité avec une méthode bien plus précise. Le prélèvement d'ADN environnemental, développé il y a dix ans et testé en Haute-Corse de 2019 à 2022, consiste en un simple échantillonnage de deux litres d'eau.
« Après analyses en laboratoire, l'échantillon permet d'identifier les poissons qui ont transité dans la zone sur une période de 48 heures », explique Hélène Thomas, enseignante-chercheuse au laboratoire LIENSs de La Rochelle Université - CNRS. Cette technique innovante offre une vision dynamique de la biodiversité, qui peut varier selon les saisons, la température, la salinité, les courants marins ou encore le trafic des bateaux.
Une biodiversité riche et surprenante
Les campagnes d'échantillonnage menées entre l'automne 2022 et la fin de l'été 2025 ont révélé une diversité remarquable. Parmi les espèces identifiées figurent les mulets « ou meuilles pour les Rochelais », comme le précise avec humour Michael Rabiller, médiateur scientifique au Muséum de La Rochelle. Les analyses ont également détecté la présence de gobies, de girelles, de soles, de bars et de sardines.
Plus surprenant encore, le baliste, poisson que l'on trouve habituellement en eaux tropicales, a été identifié dans les échantillons. Cette découverte illustre la complexité et l'originalité de l'écosystème portuaire rochelais.
Un outil précieux avec ses limites
Le prélèvement d'ADN environnemental représente un outil particulièrement efficace pour étudier la biodiversité des ports, où les méthodes traditionnelles rencontrent souvent des difficultés. « Ça ne remplace pas les plongeurs et les naturalistes mais ça permet d'aller beaucoup plus loin dans l'investigation », affirme Bénédicte Madon, chercheuse à l'Université de Séville.
Les échantillons peuvent être conservés pendant cinq ans et les données récoltées permettent de développer des indicateurs essentiels. Ces indicateurs sont notamment nécessaires au maintien de la certification Port propre actif en biodiversité, obtenue par le port de plaisance de La Rochelle en 2021.
Cependant, cette méthode présente certaines limites. « Lorsqu'on détecte la présence de sardines, on peut se demander : étaient-elles vraiment présentes ou est-ce un plaisancier qui en aurait mangé puis aurait jeté les restes à l'eau ? », s'interroge Bénédicte Madon. Les prélèvements ne fournissent pas d'informations sur la taille ou l'abondance des espèces et ne permettent pas d'identifier les espèces inconnues de la science.
Perspectives scientifiques et valorisation
« Ça reste le début d'une grande perspective pour les scientifiques », conclut Angélique Fontanaud, responsable Qualité, sécurité, environnement (QSE) du port de plaisance. Les résultats de cette étude seront présentés au public à travers plusieurs expositions à partir du 8 juin.
Parallèlement, l'inventaire complet de la biodiversité portuaire sera publié à la même date dans un ouvrage intitulé « À l'ombre des pontons II ». Cette publication recensera non seulement les communautés de poissons, mais aussi les invertébrés, les plantes, les algues et les oiseaux présents dans le port de plaisance de La Rochelle, offrant ainsi une vision globale et actualisée de cet écosystème unique.
Cette étude marque une étape importante dans la compréhension et la préservation de la biodiversité marine en milieu portuaire, démontrant comment des méthodes scientifiques innovantes peuvent révéler la richesse cachée de nos environnements côtiers.



